L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

ces choix la largeur intelligente de notre nationalité normande.
M. Vitet, né Normand, était bien à nous, il esc vrai, corps et
âme ; Mérimée était quasi des nôtres par le lieu de naissance de
son père, peintre habile et savant; quant à Guizot, il s'était vrai-
ment naturalisé Normand par son amour pour ce Val-Richer,
foyer de ses joies et de ses douleurs de famille, asile d'études de
ce grand citoyen, et près duquel il a voulu reposer éternellement.

La Société des antiquaires de Normandie se souviendra long-
temps d'avoir entendu les dernières paroles publiques qui soient
sorties de la bouche du grave historien, du puissant homme
d'Etat, du ministre à l'esprit ouvert, actif et solide, auquel notre
histoire nationale et notre instruction publique sont redevables
de tant d'œuvres et de tant d'institutions fécondes. M. Guizot a
laissé dans notre ministère de l'instruction publique des souvenirs
ineffaçables. Et en effet, messieurs, le vrai ministre, dans un
pays comme la France, surtout en de graves époques où les
esprits troublés ont besoin d'être ramenés à la fermeté et à la
droiture de l'action, n'est pas celui qui, par une vague défiance,
entrave et stérilise autour de lui l'ambition de bien faire ; c'est
l'homme qui, comme M. Guizot, sait utiliser, soutenir et exciter
au besoin cette ambition, en l'appliquant à des entreprises glo-
rieuses pour son ministère; c'est l'homme qui, comme M. Guizot,
sait laisser après lui au souvenir des générations futures des
institutions telles que les comicés des travaux historiques et la
Société de l'histoire de France, ou des publications telles que
la collection des documents inédits relatifs à notre histoire ; sans
parler, bien entendu, des immenses bienfaits sociaux de sa grande
loi sur l'instruction primaire, ni de tout ce qu'il fit pour aug-
menter les ressources de nos bibliochèques et établir des relations
utiles avec nos Sociétés savantes.

Et pendant que le génie initiatif de M. Guizot créait de
pareilles choses, une inspiration semblable, née des mêmes besoins,
instituait la commission des monuments historiques, et M. Vitet
était chargé le premier de l'inspection générale de nos monuments ;
nul n'était plus digne que M. Vitet d'inaugurer et d'organiser
cette inspection que devaic bientôt recueillir avec tant d'éclat
M. Prosper Mérimée. Dire les services que ces deux défenseurs
si autorisés ont rendus à la noble cause de notre archéologie
nationale, serait inutile ici, et la Normandie en particulier n'a pas
eu à se plaindre de la commission ni de ses inspecteurs généraux.

M. Guizot, dans la séance du ier décembre 1873, vous rap-
pelait que mon prédécesseur, M. Charles Blanc (et permettez-
moi, messieurs, de remercier, comme bon Normand, M. Charles
Blanc de ce grand service à ma province), avait obtenu qu'on
allouât un crédit de 45,000 francs pour commencer les travaux
de conservation du mont Saint-Michel. Aujourd'hui, ces 45,000 fr.
sont en train d'assurer la consolidation la plus urgente du monu-
ment et de pourvoir à son premier entretien. Un projet de res-
tauration générale par M. Corroyer est à l'étude, et nous avons
la ferme conviction que rien n'arrêtera plus les travaux de l'ar-
chitecte, jusqu'à réparation complète de l'un des plus étrangement
grandioses et des plus intéressants monuments de l'Europe, de
ceux qui émeuvent le plus profondément les entrailles de notre
province.

Un devis de 157,214 francs, pour la restauration du chœur
et de la nef de Saint-Etienne de Caen, a été présenté, en 1874,
par M. Ruprich-Robert : 84,600 francs ont été alloués sur le
crédit des monuments historiques; le surplus des ressources
nécessaires a été voté par le conseil municipal de Caen.

24,000 francs ont été alloués sur le même crédit des monu-
ments historiques aux travaux de l'église Saint-Pierre de Caen.

103,500 francs ont été divisés en six annuités pour la restau-
ration de Saint-Pierre de Lisieux. — Notre vieux château de
Falaise a eu sa bonne part : 17,000 francs sur une dépense de
27,000 francs. L'église de Couches vienc d'obtenir une nouvelle

allocation de 15,000 francs pour la restauration des verrières du
chœur et de l'abside. — M. Ruprich-Robert va travailler à la
consolidation de Saint-Martin d'Argentan. — 160,000 francs sont
mis à la disposition de M. Viollet-le-Duc, sur les exercices 1873
à 1876, pour achever la restauration de l'église d'Eu. —
80,000 francs sont attribués à l'église Saint-Jacques de Dieppe :
les travaux commencés par notre regretté compatriote M. Lance
sonc continués par M. Sauvageot. — Enfin, M. de la Rocque va
consacrer 10,266 francs sur l'exercice 1875 à l'église Saint-Hilde-
vert de Gournay. — Je ne vous parle pas des affaires qui sont à
l'étude et qui intéressent, pour le Calvados, l'église Saint-Pierre
à Touques, l'église de Sassy, et, pour la Seine-Inférieure, l'église
Saint-Vincent à Rouen, l'ancienne église abbatiale de Fécamp.

Messieurs, l'honneur de cette sollicitude de l'Etat pour les
monuments historiques de notre province et de la France entière
revient en grande partie à l'initiative généreuse de la Société des
antiquaires de Normandie. L'homme dont la présence nous fait
ici et nous fera à tout jamais si cruellement défaut, notre cher
M. de Caumont, la dernière fois qu'il occupa ce fauteuil,
vous rappelait avec un juste orgueil les origines de la Société et
comment sa fondation, en 1823, et ses publications, commencées
en 1825, servaient cinq ans après, en 1830, d'argument à
M. Guizot pour provoquer la création dans tout le royaume de
compagnies semblables. Vos pères, messieurs, ont été les grands
entraîneurs du mouvement archéologique en France ; vous
n'avez point renié l'héritage et vous ne le renierez jamais.

N'êtes-vous pas de cette race normande active, entrepre-
nante, aventureuse à la fois et prudente, aussi ardente aujour-
d'hui et aussi attentive à étudier l'histoire qu'elle fut jadis héroïque
à la faire? Oui, messieurs, le monde est plein de l'histoire et des
monuments du génie normand; et si notre province était jamais
épuisée par vos recherches, votre Société n'auraic qu'à se tourner
vers l'Angleterre, vers la Sicile, vers l'Italie, jusqu'en Syrie et
au Canada; elle trouverait son bien partout; partout elle ren-
contrerait les ruines solides encore des glorieux établissements
de nos ancêtres.

Mais, avant de sortir de notre antique duché, je voudrais
qu'en même temps que serait complétée l'enquête savante sur
ses édifices et sur ses coutumes, sur les points encore douteux
des événements auxquels prirent part ses villes, ses monastères,
ses corporations et ses grands hommes, notre Société, qui a tant
fait déjà pour la conservation des monuments, appliquât une
partie de ses forces à honorer les plus illustres enfants de la Nor-
mandie par d'autres monuments qu'elle créerait à son tour et
qui témoigneraient dans les âges futurs de son propre patrio-
tisme, de sa propre lécondité. Vous avez à côté de vous un
exemple éclatant des ressources que peut trouver en elle-même,
par son zèle et sa persistance, une compagnie telle que la vôtre.

J'ai l'honneur de faire partie d'une de ces Sociétés que M. de
Caumont vous désignait, en 1871, comme l'une des filles aînées,
ou, si vous l'aimez mieux, des sœurs cadettes des antiquaires de
Normandie; je veux parler des antiquaires de Picardie. Les anti-
quaires de Picardie ont élevé, sur les places d'Amiens, un monu-
ment à Ducange, un monument à Pierre Lhermitte. Us ont, par
des efforts inouïs, construit ce magnifique musée, l'orgueil de
leur ville et le type le plus grandiose des musées de province;
et, après y avoir installé leur collection d'antiquités, ils sont par-
venus à y réunir les fîères et belles peintures décoratives de
M. Puvis de Chavannes ; puis, en peu d'années, un groupe si
intéressant de tableaux et de sculpture, depuis certains panneaux
de Notre-Dame du Puy jusqu'aux plus vastes toiles de notre
école contemporaine, qu'aujourd'hui le musée d'Amiens est l'un
des plus grands attraits qu'une de nos villes du nord puisse offrir
au voyageur.

(La fin au prochain numéro.)
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