L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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OBSÈQUES

DE BARYE

C'est lundi, 28 juin, à midi, qu'on: eu lieu les obsèques de
l'illustre Barye.

Une foule considérable accompagnait le cortège, composé
d'une dépuration, officielle en costume et de presque tous les
membres de l'Académie des Beaux-Arts, d'une délégation très-
nombreuse de l'Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l'In-
dustrie, société dont Barye était l'un des fondateurs et l'un des
présidents d'honneur; d'une grande quantité d'artistes et d'hommes
de lettres. La presse tout entière y était représentée. Sur le cer-
cueil, l'habit d'académicien, une seule croix, celle d'officier de
la Légion d'honneur, un bouquet de violettes et une énorme
couronne d'immortelles avec l'inscription : « A Barye. l'Union
centrale. » Les cordons du poêle étaient tenus par MM. Dela-
borde, Lefuel, Bonnassieux, Cavelier, membres de l'Institut. Le
deuil était conduit par le fils du défunt. Un fort détachement du
76e de ligne formait la haie. Après une messe chantée en mu-
sique à l'église Saint-Paul, le cortège s'est dirigé au Père-
Lachaise où trois discours ont été prononcés au milieu d'un
grand recueillement, par M. le vicomte Henri Delaborde qui a
vivement ému les assistants en retraçant la vie du grand artiste,
puis par M. le marquis Ph. de Chennevières, directeur des
Beaux-Arts, et enfin par le président de la Commission consul-
tative de la Société de l'Union centrale.

Discours de M. le marquis de Chennevières,
directeur des Beaux-Arts.

Il semble en vérité, messieurs, que la mort s'acharne à retirer
du milieu de nous tous ceux dont la vie nous pouvait être un en-
seignement et un exemple, et cela justement à l'heure où notre
Ecole a le plus besoin de reprendre les grands chemins de la force
et de la virilité. Ils étaient là, nous les sentions encore parmi nous,
les derniers survivants de l'époque héroïque, et rien que leur pré-
sence, même quand ils se reposaient, comme Barye, sur leurs tra-
vaux passés, conservait de l'ampleur à notre Ecole et la soutenait
aux yeux de l'Europe, respectueuse d'aussi grands noms.

Leur perte, messieurs, nous est à tous une rude épreuve : elle
appauvrit la patrie, et, pour combler de tels vides, elle oblige nos
artistes à des efforts plus grands peut-être que ceux de la glorieuse
génération qui s'éteint. Ceux-là n'eurent qu'à bâtir sur les ruines
d'une Ecole monotone et desséchée qui s'efî'ondrair'elle-mème, tandis
que jamais pays ne vit une pléiade d'artistes plus brillante, plus
diverse, plus abondante que la nôtre.

Mais il lui manque cette puissance robuste et saine qui peut
seule assurer l'avenir par la fermeté dominatrice d'un principe. Il
lui manque des chefs en un mot, des chefs vigoureux; et comme
jadis les dieux, aujourd'hui les chefs s'en vont. Il nous en faut
pourtant; il faut qu'il s'en trouve, ou notre riche école n'aura pas
de lendemain.

Elle se débandera : déjà elle se débande et adieu les grandes
victoires de 1855 et de 1867; adieu son prestige dans le monde. Or
les chefs, dans notre armée des arts, s'imposent d'eux-mêmes par
une qualité nouvelle ou renouvelée, et ils entraînent et dominent
les esprits, non par la raison, mais par la foi et l'cnthousiasme_, et
par leur supériorité même.

Barye, messieurs, était un chef; ce dessinateur, cet orfèvre, ce
modeleur, s'attachant à un genre réputé secondaire, moitié peintre,
moitié bronzier, avait les qualités maîtresses, et maître il fut, et
maître il restera. La mesure de ses ouvrages ne fait rien à l'affaire.
De même que les amateurs dignes de ce nom trouvent dans les
menues terres cuites de la Cyrénaïque et dans les petits bronzes

antiques plus de cette délectation, qui, selon le mot du Poussin,
est le vrai but de l'art, que dans certains gros marbres échappés aux
ruines romaines; de même les siècles à venir se délecteront davan-
tage devant le Centaure et le Lapithe. ou devant le Gaston de Voix,
ou devant Thésée combattant le Minotaure ; ou devant l'Eléphant ter-
rassant un tigre, que devant maintes figures colossales ou devant
maints groupes contemporains.

Ses lions et ses tigres sont nés, comme ceux de Delacroix, des
lions et des tigres que crayonnait Géricault; mais son style et son
exécution de sculpture, c'est bien lui qui les a trouvés dans son pro-
digieux sentiment de l'art. Phidias et la grande époque grecque
n'ont pas eu, dans "notre siècle, d'élève plus direct et plus fidèle
que Barye.

Nul n'a mieux compris que toute grandeur et toute force vien-
nent de la simplification des formes ; nul n'a exprimé plus d'énergie
et de passion par des moyens plus sobres et au tond plus savants;
car, sous le goût le plus élevé, il possédait la science la plus mûrie
et la plus sûre.

Nul enfin n'a mieux prouvé combien l'art est un et se tient
du plus mince ouvrage de décoration à la composition la plus ho-
mérique.

Par là, il était l'homme des grandes époques de l'art, et par là
il doit être le modèle de la nôtre. Comme on le faisait dans les
grandes époques dont je parle, il avait appris d'enfance et pratiqué
tous les détails de son métier; et en lui se réunissaient et se con-
fondaient, ainsi qu'ils devraient toujours se confondre, ce qu'on a
appelé faussement le sculpteur industriel et l'artiste statuaire.

Admirable exemple pour tous par la noblesse de sa vie, par sa
tenue discrète et fière, par son amour de la jeunesse, Barye a été
ce qu'ont été tour à tour dans notre siècle Prudhon, Géricault,
Ingres, Delacroix, Rousseau, Corot, Millet, ce que doit être tout
véritable artiste, créateur de ses formes et de ses procédés, adora-
teur des principes éternels qui font le grand par le simple, contemp-
teur des banalités consenties, esclave de la nature et des maîtres,
indépendant de son temps et digne, par là même, d'appartenir à
tous les temps.

Discours du président de la Commission consultative
de l'Union centrale des Beaux-Arts.

Messieurs,

Je viens au nom de l'Union centrale déposer une couronne sur
cette tombe. C'est le témoignage de notre admiration et de notre
douleur.

Barye fut un des fondateurs de l'Union centrale des Beaux-Arts
appliqués à l'Industrie. Il a été président d'honneur de notre com-
mission consultative. Nul n'en était plus digne. Il fut pour nous le
plus parfait modèle et le guide le plus sûr.

En effet, au moment où nous nous réunissions dans la pensée
de lutter contre la tendance qu'éprouve la génération actuelle à se
contenter d'une éducation superficielle, parce qu'elle est spéciale, à
l'heure où il faut dire tout haut le danger d'un enseignement insuf-
fisant, le spectacle de la vie de Barye était bien fait pour nous don-
ner le courage de notre entreprise.

Et l'honneur d'avoir à notre tète l'homme dont le génie n'avait
dû sa trempe puissante qu'à des études complètes et à la connais-
sance parfaite de toutes les industries du métal nous fortifiait sin-
gulièrement.

Barye n'est plus!

Mais son œuvre est là pour marquer une gloire qui n'est pas seu-
lement nationale, mais qui prend sa place dans le mouvement gé-
I néral de l'art représenté par les plus grands génies.

Que le souvenir de cette vie toute de travail, commencée volon-
tairement par les plus durs labeurs de l'artisan et menée si loin
qu'il est impossible qu'on l'oublie jamais, soit un exemple pour tous
I ceux qui sont attirés dans la carrière !

FAITS DIVERS

La statue de Dorian a été découverte samedi dernier, au
Père-Lachaise, devant une assemblée considérable, composée des
amis politiques de l'ancien Ministre des Travaux publics et de
tous ceux qui ont gardé le souvenir des services rendus par cet
homme de bien pendant le siège de Paris. M. Krantz, président
de l'œuvre de la souscription, a prononcé un discours où il a

retracé la vie de Dorian ; puis un délégué de la ville de Saint-
Etienne a porté la parole au nom du département de la Loire,
et enfin M. Pelletan a remercié en quelques mots l'artiste Aimé
Millet, qui a si bien su s'inspirer du caractère de Dorian pour en
perpétuer le souvenir.

La statue de bronze est élevée sur un socle rond en pierre,
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