L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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2<,z L'ART.

en était la valeur, et ils étaient les premiers à regretter in petto de n'en pas rencontrer de meilleure. A
la tonalité près, le Bon bock n'était que de la peinture bien creuse, bien vulgaire ; son faire si large, pur
trompe-l'œil; il y avait le néant là-dessous. M. Manet, qui n'a jamais su mettre un tableau sur pied,
n'ignore nullement que son mérite de surface ne suffit plus à attirer l'attention; il en est réduit aux
plus monstrueuses inventions pour parvenir à faire encore quelque bruit, — l'espace d'un matin ; le
canotier et la canotière à'Argenteuil (n° 1412), s'ils étaient seuls, ne feraient guère sensation, si
éphémère que puisse être cette sensation; « c'est toujours la même chose! » se borneraient à dire ceux
qui s'en occuperaient. En conséquence, M. Manet a peint, sous prétexte de Seine, un mur du bleu le
plus férocement bleu qui soit au monde, et c'est sur ce mur-là que ce canotier à l'abominable trogne
et sa digne femelle « descendent gaiement le fleuve de la vie. » C'est inepte, mais cela n'a pas manqué
son effet auprès de M. Prudhomme.

M. Edouard Daliphard. — A la bonne heure ! celui-ci n'a pas la prétention de poser en novateur,
mais d'aimer passionnément son art, de le respecter profondément, d'en apprécier toutes les difficultés,
de les étudier sans cesse, de s'efforcer de progresser chaque année et d'y réussir. Aussi sympathique
qu'intelligent, il ne se contente pas de peindre tout bêtement le premier site venu ; il choisit avec
goût et fait penser son œuvre. Mélancolie (n° 5^7) est un écho de l'âme de l'artiste, et il y a 'à
beaucoup à louer, mais je tiens l'homme et le peintre en trop haute estime pour leur rien celer de
mes restrictions. Le paysage de M. Daliphard, très-bien établi, vivement senti, d'une impression
élevée, a des premiers plans trop sommaires; je les voudrais plus modelés, d'un dessin plus serré,
d'une gamme à modulations moins uniformes. Le ciel, fort remarquable, gagnerait si la déchirée
produite dans les nuages était d'une tonalité moins citronnée; il ne faudrait qu'un glacis pour atténuer
la dureté produite par cette dissonance.

Paul Leroi.

(La suite au prochain nutïîéro.)
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