L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875

(SUITE!,)

XV

COROT.

uelle fin plus digne d'envie que celle de Camille Corot! Je n'en connais
aucune. Avoir noblement vécu toute une longue vie exclusivement con-
sacrée à la passion et à la pratique du bien et du beau, et mourir, — non,
— s'endormir dans sa gloire plus jeune, plus rayonnante, plus honorée
que jamais, ce doit être le rêve de tout artiste animé du feu sacré. Le bon
et illustre vieillard qui, jusqu'en son avant-dernière année, portait si allè-
grement le poids de ses hivers, a eu ce sort exceptionnel entre tous, et
nul ne le méritait mieux.

J'ai dit, comme je le devais2, la lourde faute commise en ne don-
nant pas une place d'honneur à son exposition posthume ; il appartenait à l'initiative des artistes
de réparer en plein Salon ce manque de tact; ils pouvaient le faire sans paraître le moins du monde
infliger une leçon à l'administration; il leur eût été si facile d'imiter ce qui se fait dans les expo-
sitions étrangères : c'était cependant bien peu révolutionnaire de suspendre au cadre de la Danse
antique une couronne d'immortelles voilée de crêpe flottant, mais traversée du rameau d'or ou d'un
vert laurier. 11 est pénible d'avoir à constater qu'on n'y a point songé.

Ni de cet oubli 3, ni de l'inconvenante exclusion du salon d'honneur un pareil nom ne pouvait
d'ailleurs souffrir. Il vaut même mieux pour lui qu'il en ait été ainsi; il n'a dû qu'à l'autorité de son seul
génie l'applaudissement unanime qui vient de saluer ses dernières œuvres. J'ai nommé la Danse
antique (n° 520). On ne pouvait pénétrer dans la salle C sans être arrêté sur le seuil, saisi d'une
muette admiration à la vue de cette merveilleuse toile qui frappait immédiatement le regard, tant
elle étincelait comme un pur diamant. Et ne croyez pas qu'on eût songé à faire valoir les Plaisirs du
soir1 par un entourage digne de cette œuvre d'élite; on avait eu soin, au contraire, de lui donner de
déplorables voisins et de l'écraser, — si elle avait pu l'être, — en la surmontant d'un énorme papillo-
tage criardissime 8. Jamais Corot n'a dessiné d'une façon plus magistrale, balancé de plus nobles
lignes, établi une composition plus rhythmique, ni fait chanter à la couleur de plus mélodieux cou-
plets. Et quelle grâce, quelle légèreté, quelle séduction, quel mouvement, quelle vie dans ses figures!
Laisser après soi une pareille création dernière, c'est redoubler nos regrets, ajouter à l'étendue de
notre deuil et ne rendre que trop sensibles les pertes irréparables de l'École française. La Mort est
pour elle, cette année, sans pitié, il est plus que temps que s'arrête la terrible faucheuse; hier
Millet, Corot; aujourd'hui Barye! Barye, aussi grand caractère que grand artiste, Barye, dont un

1. Voir tome II, pages 7, 35^ 56, 77, 102, 137, 150, 178; 204, 222 et 244.

2. Voir tome II, page 36.

3. Un groupe d'artistes, présidé par M. Français, a dignement rendu hommage à la mémoire" de Corot en organisant à l'École des
Beaux-Arts cette superbe exposition de l'œuvre du maître dont M. Edouard Daliphard, le secrétaire même du Comité, rend compte dans
l'Art. (Voir tome II, pages 109, 157, 2J7.)

4. Le n° 520 figure au livret du Salon sous ce double titre : Les Plaisirs du soir ; — Danse antique.

Les deux autres tableaux de Corot : — Billis (n° 521) et les Bûcherons (n° 519), celui des trois que j'aime le moins malgré ses grandes
qualités, — offraient également un extrême intérêt ; la composition de Bihlis est fort belle, sans toutefois posséder le charme extraor-
dinrire de la Danse antique.

j. N° 411 : les Préparatifs du baptême.
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