L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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L'ART.

répondra qu'il est aveuglé par la plus tapageuse émeute de couleurs, qu'il en gagne le vertige du
jaune et qu'il lui est impossible d'y distinguer autre chose, — et il n'aura que trop raison.

Si M. Matejko abuse de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel glacées de jaune féroce, M. Michel
Munkacsy se complaît dans le brun et surtout dans le noir; système fort imprudent que celui de ce
très-habile praticien ; avant bien peu d'années on n'y verra plus goutte dans ses toiles qui ont un
autre défaut : son Héros du village (n° 1528), malgré la différence du sujet, rappelle par les types et
la facture les œuvres antérieures de l'artiste hongrois, à ce point qu'on croit les revoir et qu'on
oublie qu'il s'agit d'une création nouvelle.

Lever de lune (n° 1578) par un autre Magyar, M. Ladislas de Paal, — un nom dont on fera bien
de se souvenir, — est un tableau étrange, d'un dessin énergique, plein de poésie, mais de poésie
qui sent un peu son mélodrame. M. de Paal habite Barbizon; c'est dans la forêt de Fontainebleau
qu'il aura vu apparaître ainsi la lune au fond de quelque sombre allée.

M. Othon von Thoren, l'animalier viennois, et M. Henri Rodakowski, le portraitiste justement
célèbre du général Dembinski, se maintiennent dans la faveur publique sans ajouter une note nouvelle
à leur talent.

M. Amédée Baudit et M. Gustave Castan avec leurs paysages et leurs mannes, MM. Théophile
BischofF et Édouard Castres avec leurs tableaux de genre, représentent dignement la Suisse.

L'Espagne et l'Italie ont toute une école qui reflète par trop Fortuny, — exemples : M. Bernardo
Ferrandiz, de Valence, M. Ludovico Marchetti, de Rome ; —il y a, chez la plupart de ces jeunes gens,
une dépense de talent trop grande pour ne pas espérer les voir renoncer au pastiche plus ou moins
réussi et se décider à être eux-mêmes, comme le sont MM. Albert Pasini et Joseph de Nittis. L'Entre-
vue de chefs Métualis, dans le Liban (n° 1597) n'ajoutera rien à la réputation du premier, mais sa Prome-
nade dans le jardin du harem (n° 1596) est une des plus séduisantes peintures de la vie orientale que
nous ayons vues depuis longtemps; c'est arrangé avec tout le goiit qui caractérise M. Pasini dont le
pinceau ne s'est jamais montré aussi coloré ni aussi souple, et c'est exempt du papillotage qui, plus
d'une fois, a déparé ses œuvres les plus distinguées ; cela se tient on ne peut mieux d'ensemble et cela
abonde en détails merveilleusement rendus.

M. de Nittis, né à Barletta, n'est pas seulement un Italien de Paris, c'est un des « Parisiens de
Paris » prévus par Gavarni. Voyez sa Place de la Concorde (n° 1544); ce n'est pas seulement français,
c'est parisien jusqu'au bout des ongles ; cela pétille d'esprit et de l'esprit particulier à Paris où il n'est
pas le plus bête du monde. Et qu'est-ce cependant que ce tableau? Rien qu'une place que nous
connaissons tous par cœur, au milieu de laquelle Parisiens et Parisiennes pataugent à qui mieux
mieux par une pluie battante; mais je vous le répète, chacune de ces figurines est croquée avec tant
d'esprit, la touche est si spirituelle, les modulations du gris forment une mélodie si sémillante, cela
vous est tant et si bien semé d'un je ne sais quoi qui sent son « Meilhac et Halévy », que cela vous
grise et que vous applaudissez quand même à cette fantaisie charmante, bien que les lèvres vous
démangent et que vous mouriez d'envie de crier par-dessus les toits que c'est dessiné en casse-cou,
que la perspective de la place tient de la fantasmagorie, que, de la vie, l'obélisque ne vous est apparu de
la sorte, etc., etc., etc. Mais basta! c'est ravissant et Cela suffit.

Le second tableau de M. de Nittis est, lui aussi,

« ........ en son espèce, une adorable chose ; »

il vaut certes la peine qu'on s'y arrête, mais avant d'en dire tout le bien que j'en pense, il me faut
vider un point délicat. J'ai entendu accuser M. de Nittis de plagiat et il est de fait que pour qui a
visité l'an dernier la Royal Academy, A Bougival (n° 1545) n'est absolument pas autre chose que le
tableau exposé alors à Londres par M. James Tissot. Mon intime conviction est que M. de Nittis n'a
point vu l'œuvre de ce dernier. On me concédera sans la moindre peine que rien n'est plus personnel
que la Place de la Concorde; quand on a toute la verve qui y est prodiguée, on est assez riche de son
propre fonds pour n'avoir pas besoin d'emprunts, surtout d'emprunts aussi peu voilés ; le sujet est le
plus simple du monde; rien d'étonnant que MM. Tissot et de Nittis aient eu semblable rencontre : il
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