L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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276 L'ART.

s'agit d'une jeune femme assise dans une barque ; qu'y fait-elle? Rien ; elle attend. Tout le sujet est là.
M. Tissot a peint une Anglaise, M. de Nittis une Parisienne, mais cette Parisienne connaît l'Italie et
l'italien; sa pensée lui murmure ces tendres paroles qu'elle a entendu soupirer à Florence sous les
ombrages des Cacine ou à Rome dans quelque allée du Pincio ou de la Villa Borghèse :

« Il cuore e una cansonne scritta del Creatore; la melodia fa Fuomo; la sostanza dice : Ama! »

Je n'ai pas besoin de vous dire que la palme appartient à M. de Nittis, dont le dessin est bien
plus serré dans ce souvenir de Bougival que dans son interprétation de la place de la Concorde. Son
aimable amoureuse est faite à souhait pour le plaisir des yeux et du cœur; si la tête lui tourne, à
cette belle rêveuse, elle doit, de son côté, faire tourner bien des têtes. Vous vous sentez de glace devant
l'Anglaise de M. Tissot, qui a calomnié les Anglaises; il en est de si charmantes!

Il y a une foule de noms des États-Unis au catalogue ; ce ne sont encore que des élèves, mais
pleins de bonnes promesses. Parmi les hommes arrivés, je ne vois que M. May, le portraitiste bien
connu qui habite depuis longtemps Paris, et M. Thomas Eakins, un disciple de M. Gérôme, qui envoie
de Philadelphie un bien étrange tableau ; c'est loin toutefois d'être sans mérite. Une Chasse aux Etats-
Unis (n° 7<)7) est un véritable ouvrage de précision; c'est rendu comme une photographie; il y a là une
vérité de mouvement et de détails vraiment grande et singulière. Ce produit exotique vous apprend
quelque chose, et son auteur n'est pas à oublier; on a affaire à un chercheur, à une volonté; il faut
s'attendre à ce qu'il trouve, et ses trouvailles peuvent être intéressantes et mieux encore.

La Forêt de pins, en Finlande (n° 1374) de M. Berndt Lindholm dénote une préoccupation com-
mune aux paysagistes russes ; tous aiment à rendre les effets dans ce qu'ils ont de plus imprévu ;
cette forêt éclairée par un soleil de l'après-midi dénote une observation très-suivie ; les arbres sont
bien disposés et d'un bon dessin.

M. Ignacio Mérino a quitté Lima pour Paris. Un Hidalgo (n° 1456) démontre que, lorsqu'il veut
bien peindre, il peint remarquablement bien. Un Turc ( n° 14^ ) prouve d'une façon trop irréfutable
que, lorsqu'il se laisse emporter par Dame Fantaisie, M. Mérino manque tout à fait de mesure. Ce Turc
n'est qu'un fort vilain coup de pistolet.

M. Albrecht Schenck reste ce qu'on le sait être depuis longtemps.

Quand on se rappelle la sensation profonde produite sous la Restauration par la présence des
chefs-d'œuvre de Constable, on ne peut assez regretter l'absence presque complète des artistes anglais
aux divers Salons de Paris. L'étude de leurs envois, la comparaison avec les œuvres de nos peintres
provoqueraient probablement parmi ceux-ci quelque évolution d'un haut intérêt ; on verrait s'ouvrir
des voies nouvelles. Cette année encore, l'Angleterre nous fait défaut. Seul, M. Edwin Edwards, l'un
des aquafortistes éminents de la Grande-Bretagne, expose un de ses paysages, la Tamise à Twickenham
(n° 761) ; c'est bien choisi, très-bien établi; mais j'ai toujours préféré les gravures de l'ami de M. Fantin-
Latour à ses tableaux, et je ne vois aucune raison de changer d'avis.

XVII.

A PROPOS DU LIVRET.

En m'occupant des artistes étrangers, j'ai consulté plus d'une fois la liste des récompenses qui
leur ont été accordées et qui précède au catalogue l'explication des ouvrages exposés. J'ai fait de bien
curieuses découvertes; elles ne sont pas précisément à l'honneur de l'administration.

Page cv, on trouve à la suite de ce titre : 2e section : Peintres étrangers, cette note des plus
curieuses : « A défaut du lieu exact de naissance, la nationalité a été indiquée, autant que possible. »
Autant que possible vaut son pesant d'or ! — Comment ! voilà des gens que vous médaillez, que vous
enrubannez, et toute votre armée de bureaucrates ne suffit pas à leur demander leur lieu de naissance
exact ou tout au moins leur nationalité certaine?

Il y a ainsi une foule de noms à côté desquels on lit pour tout renseignement : Bavière, Grande-
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