L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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HIPPOLYTE BOULENGER

n pleure, et ce n'est que justice, l'artiste, le maître qui, après une longue et labo-
rieuse carrière, après bien des déboires peut-être, mais aussi après bien des
succès, disparaît de la scène chargé d'années, d'honneur et de gloire. Combien
ne doit-on pas pleurer celui qui s'éteint avant l'heure, dans la force de l'âge et
du talent, au moment où son génie allait se manifester dans toute sa puissance,
toute sa fécondité ? L'un a pu accomplir sa tâche ; il a donné ce qu'il avait en
lui, il laisse un nom, une œuvre plus ou moins vaste, achevée et complète, et les regrets que cause sa
perte sont tempérés et adoucis par le spectacle et l'admiration des grandes choses qui le représentent
devant l'histoire, et imposent son souvenir à la postérité. L'autre, fleur brisée avant d'éclore, ou du
moins avant son entier épanouissement, quand on se faisait une féte de la voir briller de tout son éclat
et répandre tout son parfum, laisse ce regret cuisant qu'inspire une déception inattendue, une légi-
time espérance cruellement avortée, et plus la promesse était sérieuse et belle, plus la nature semblait
devoir y faire honneur, plus aussi l'on en veut à la mort de n'avoir pas permis qu'elle fût tenue. Lui
aussi laisse un nom et une œuvre, mais un nom que l'histoire n'a eu que le temps d'épeler, une
œuvre à laquelle il a manqué l'avenir, une œuvre dont on ne possède qu'une partie et dont on n'a pu
que deviner et pressentir le développement brusquement interrompu.

Le peintre dont nous écrivons le nom en tête de cette notice est malheureusement de ceux à qui
il n'a pas été donné de livrer tous les secrets de leur être et de leur talent. Né à Tournai, le 3 décem-
bre 1837, Hippolyte-Emmanuel Boulenger est mort à Bruxelles le 4 juillet 1874, âgé par conséquent
de trente-six ans et demi. Mais dans sa trop courte existence, il a prouvé du moins que l'art était en
droit de compter sur lui. Il a succombé à une douloureuse maladie au lendemain du jour où il venait
de conquérir les premières palmes de la célébrité dans son pays, à la veille du jour où, sans nul doute,
un champ plus large allait s'ouvrir à sa réputation. A voir ce qu'il a fait, on se rend compte de ce qu'il
eût produit s'il avait pu aller jusqu'au bout de sa destinée normale. Sa sympathique personnalité, sa
vaillante nature, son talent jeune et déjà maître, son œuvre sincère et vivace plaident pour sa mémoire,
et sont dignes non-seulement des hommages de l'amitié, mais encore de toute l'attention de la critique.

Il y a quelques années, — c'était au Salon de Bruxelles en 1866, — les artistes exposants étaient
invités à mentionner au catalogue l'établissement officiel ou l'atelier plus ou moins célèbre où ils
avaient puisé les éléments de leur art. A peine connu alors, si ce n'est de quelques amis qui déjà
avaient confiance dans son avenir, Hippolyte Boulenger répondait gaiement et fièrement : « Elève de
l'école de Tervueren. » Cette réponse était une sorte de variante du mot de Courbet, « élève de la nature
et du sentiment, » mais moins prétentieuse, plus exacte, exprimant vin fait vrai, qui prit bientôt après une
certaine importance. L'école de Tervueren, qu'est-ce que cela pouvait bien être? Cette « Académie »
n'était point sous le patronage de l'Etat. Elle n'émargeait pas au budget des subsides provinciaux ou
communaux. On apprenait qu'elle avait des élèves, mais on n'avait jamais entendu parler de ses pro-
fesseurs, et pour cause. Le petit village de Tervueren, avec son château et son parc, ancienne rési-
dence princière, taillée dans laforètde Soignes, à dix kilomètres de Bruxelles, était célèbre comme but
de promenade, rendez-vous d'étudiants et de touristes du dimanche, centre de villégiature bourgeoise.
On citait ses auberges, mais non ses écoles. Il devait, cependant, selon l'expression de Burger, devenir
« le Barbizon des peintres belges. » Hippolyte Boulenger fut l'un des premiers, sinon le premier, à y
planter sa tente. Il s'y était réfugié au sortir de l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, où il avait
fait ses études classiques, tout en s'ingéniant de mille façons pour gagner son pain quotidien, dessi-
nant des costumes ou des dentelles, essayant de tous les métiers pour venir en aide aux siens. Son père,
officier dans l'armée belge, était mort jeune et pauvre, laissant ses enfants sans ressources, et il fallut
au ieune peintre un grand fonds de courage et de gaieté pour lutter contre la misère, une vocation irré-
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