L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875

(SUITE!.)

XVIII.

mm. j.-p. laurens. - w. bouguereau. — james bertrand.

luc-olivier merson. — puvis de chavannes. — henri gervex. - pierre cabanel.

léon glaize. - d. u. n maillard. — victor tortez.

benjamin ulmann. - françois ehrmann. — e. r. thirion.--j. b. ph. e. BIN.

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uiconque a sérieusement étudié les maîtres des xve et xvie siècles et
leurs disciples grands et petits, demeure frappé de leur prodigieux savoir
et de l'extrême variété de leurs connaissances. Quelle différence si nous
faisons un retour sur nous-mêmes! Ne dirait-on pas que le point d'honneur
s'est déplacé et que les artistes tiennent autant aujourd'hui à être
dépourvus d'instruction qu'ils avaient jadis à cœur de se montrer en
toutes choses les premiers de leur temps, quand il ne leur arrivait pas de
devancer et de beaucoup, non-seulement leur époque, mais les siècles à
venir? Nous ne connaissons plus de si vastes, de si nobles ambitions; il
est cependant encore quelques hommes dévorés de la soif de l'étude ; ceux-là ne croient pas que
tout soit dit en art, lorsqu'ils en sont arrivés à posséder une certaine habileté de facture, mérite
de dilettantisme dont je fais certes cas, mais mérite bien secondaire s'il ne recouvre aucune pensée.
Se sentant une valeur réelle, ils ont pour préoccupation première de l'accroître sans cesse afin de
se présenter de plus en plus dignement devant le public appelé à les juger. J'ai un respect profond
pour ces artistes, et c'est pour moi une satisfaction des plus vives d'avoir à saluer l'un d'eux. Outre
un bon portrait, celui de Mme D... (n° 1252)? M. Jean-Paul Laurens expose deux œuvres très-
importantes, très-étudiées et remarquablement bien peintes. L'une représente l'Excommunication de
Robert le Pieux (n° 1250), que l'Eglise déclara criminel pour avoir épousé Berthe, après avoir été le
parrain d'un de ses enfants né d'un premier mariage; l'autre, VInterdit'1 (n° 1251) emprunté à la
Chronique du XIe siècle, de R. de Coggeshale, ne saurait être mieux décrit que par la citation du
livret : « Quel horrible, quel affreux spectacle dans toutes les villes! Les portes des églises fermées,
leur accès interdit aux chrétiens comme à des chiens; les offices divins suspendus, les sacrements
interrompus, le peuple ne venant plus aux fêtes des saints, les cadavres privés de sépulture chrétienne
et leur odeur infectant l'air, et leur horrible aspect remplissant de terreur l'esprit des vivants... »

C'est cette dernière phase de l'Interdit, la plus monstrueuse de toutes, que M. Laurens a mise
en scène sans rien dissimuler de cet épouvantable spectacle; il l'a fait avec une intelligence extrême;
il vous saisit, il vous impressionne profondément, il évoque tout un monde de pensées révoltées sans
tomber un seul instant dans le mélodrame, sans même le côtoyer. Œuvre complète à laquelle je ne
voudrais qu'une légère modification, celle de la ligne formée par le cadavre qui occupe la droite.
C'est à dessein que je me suis servi d'une expression qui est plus sj^écialement appliquée à l'art
dramatique; j'ai entendu reprochera M. Laurens de concevoir et d'interpréter d'une façon essen-
tiellement théâtrale les sujets que le patient chercheur s'approprie si passionnément; il y a là, selon
moi, bien plus "un éloge qu'un blâme. Je sais parfaitement que le plus habile metteur en scène ne

1. Voir tome II, pages 7, 35, 56, 77, 102, 137, 150, 178; 204, 222, 244 et 269.

2. Voir tome II, page 203.
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