L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA CARICATURE ANGLAISE

CONTEMPORAINE

LE PUNCH.

LES SCÈNES DE MŒURS.

ous avons dit dans un précédent article1 que le Punch tenait à
Londres la place de notre Charivari, et que c'était en parcourant
sa collection qu'on pouvait avoir une idée delà caricature moderne
en Angleterre. Fondé par M. Landells, le 17 juillet 1841, le Punch
a eu pour collaborateurs Albert Smith, Thackeray, Henry, Horace
et Aug\ Mayhew, Mark Lemon, Douglas Jerrold, Thomas Hood,
Angus Reach et d'autres charmants esprits qui ont su assurer
son succès. Il tire actuellement à plus de 25,000 exemplaires.
Parmi les dessinateurs, nous avons nommé Cruickshank, John
Leech, Richard Doyle, et nous avons vu, dans une rapide appré-
ciation de leur talent, à quel point ils se sont élevés dans l'estime et l'admiration de leurs compatriotes.
Aujourd'hui le Punch ne possède plus ces artistes illustres : Cruickshank, le Nestor de la caricature
comme on l'appelle, est trop vieux pour se refuser au repos qu'il a si bien mérité; John Leech est
mort en 1864; quanta Doyle, il s'est retiré depuis 1850. Des hommes plus jeunes ont remplacé ces
maîtres; quelques-uns déjà sont célèbres et ont formé une école nouvelle : ce sont MM. Du Maurier,
John Tenniel, Charles Keene, L. Sambourne et miss Bowers.

Chaque numéro du journal contient, outre une grande caricature politique semblable à celles du
Charivari, plusieurs autres croquis jetés dans le texte et représentant des types grotesques ou des
scènes de mœurs. De là une variété fort amusante. Les artistes se partagent les rôles, suivant leur
caprice du moment. Tantôt c'est M. L. Sambourne qui distribue de çà et de là quelques silhouettes
drolatiques, tantôt c'est M. Du Maurier qui nous fait assister à une scène de famille ; de temps à
autre enfin, c'est miss Bowers qui, d'un crayon léger et vif, esquisse des chenaux et des scènes de
sport.

Ce qui frappe tout d'abord dans cette feuille et contraste avec les habitudes des artistes
d'outre-Manche du siècle dernier, c'est la bonhomie et la bénignité des épigrammes. Loin de se
montrer violent et venimeux, le Punch est toujours de bonne humeur. Si ses plaisanteries manquent
parfois de finesse et d'entrain, si sa gaieté est un peu lourde, s'il lance le trait avec plus de raideur
que d'élégance, si enfin il ne manie l'ironie qu'avec embarras et effort, son esprit, du moins, est sans
fiel son crayon sans aigreur. Pour épigraphe, il a pris deux vers de Byron :

Rions de chaque chose, car il s'agit de savoir

Si chaque chose, après tout, n'est pas une comédie;

et il se rappelle sans cesse que dans son programme il a écrit : « Nous jouerons toujours, Punch, car
nous pensons que cela vaut mieux pour être gai et sage. »

Aussi est-ce un grand agrément que de feuilleter la collection de ce journal aimable où est
reproduite la physionomie sociale et politique de l'Angleterre depuis trente ans. On est gagné par
cette aménité piquante et pleine d'humour -, on est surpris du bon sens et parfois de la clairvoyance

1. Voir tome I, page 293.
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