L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA CARICATURE ANGLAISE CONTEMPORAINE. 301

de ce polichinelle qui a bien plutôt les manières polies, froides et un peu guindées d'un gentleman
que le laisser-aller et les libres allures de l'illustre marionnette dont il a pris le nom.

Son enjouement a je ne sais quoi de distingué quand il s'exerce sur les ridicules de la société
anglaise, et s'il se moque des modes exagérées, s'il représente les femmes courbées comme des
portefaix sous le poids de chignons gigantesques ; s'il raille les graves mistress à l'air gauchement
ennuyé qui servent le thé à de non moins graves et de non moins cérémonieux personnages, tandis
que les jeunes filles courent follement sur leurs pur-sang à Hyde-Park, flirtant à leur aise, avec une
bande de gentlemen à leurs côtés ; si, en un mot, il se laisse aller à un élégant persiflage, on devine
qu'il ne ridiculise que du bout des lèvres, et pour faire de l'esprit, des choses qu'au fond il respecte.

Les scènes de mœurs occupent la place la plus ample dans le Punch; aussi est-ce d'elles que
nous parlerons aujourd'hui. Les dessinateurs qui cultivent de préférence ce genre de caricature sont

Punch » partant en guerse contre les préjugés.
Dessin de Ch. Keene.

MM. Du Maurier, Ch. Keene et L. Sambourne. Avec des mérites différents, tous trois s'attachent à
lui donner un caractère particulier d'élégance un peu froide et de réalité un peu abstraite et conven-
tionnelle; tous trois obéissent manifestement à une tendance remarquable en Angleterre et dont le
résultat sera l'exagération de la forme aux dépens de la gaieté. M. Du Maurier surtout, dans ses
scènes de la vie enfantine, d'un dessin si pur et si gracieux, se montre occupé de renfermer l'art de
la caricature dans les bornes étroites de la stricte représentation des choses, en sorte que ses esquisses
ne sont plus des satires, mais de charmants tableaux de genre; il est le chef de l'école moderne, dont
les principes sont diamétralement opposés à ceux des premiers caricaturistes de son pays, et qui
depuis soixante ans a affirmé de jour en jour sa volonté de ne pas enfreindre certaines lois de
correction et de mesure, de subordonner la puissance de l'effet, le mouvement de l'action, à la
recherche de la beauté, à l'harmonie générale et placide de la composition.

Ce qui faisait autrefois l'originalité des caricaturistes anglais, c'était, comme nous le disions dans
notre première étude, la fougue du dessin et la violence de la satire. Tout ce qui contribue à donner à
la pensée un relief comique et brutal était habituellement employé par les artistes. Les grosses tètes
surmontant de petits corps, la ressemblance ridicule des personnages avec certains animaux, les
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