L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LA CARICATURE ANGLAISE CONTEMPORAINE. 303

œuvres une trop visible préoccupation philosophique alourdit l'intention et obscurcit la pensée ; mais
le talent que révèle l'artiste n'en est pas moins admirable et le progrès du genre indiscutable.

Venu après Cruickshank, John Leech éprouva l'influence de son prédécesseur tout en gardant ce
qu'il y avait de douceur dans son propre tempérament. Il excella à représenter le mouvement; ses
chevaux vivent réellement, ses boxeurs portent des coups véritables et n'ont pas de simples poses ;
mais à ce don du mouvement et de la vigueur, John Leech ajouta autre chose qui était encore presque
inconnu dans la caricature de mœurs. D'autres artistes avaient aussi bien réussi à exciter le rire par
la représentation de la vie privée et s'étaient fait par là une réputation considérable. Mais cette sorte
de comique ne forme qu'une partie du talent de Leech. Il eut en outre le don de la beauté et de la pureté.
Avec M. Richard Doyle, dont le gracieux et souple talent a été trop longtemps prisonnier (si cela se
peut dire) dans les domaines de la reine Féerie, Leech a donné de la délicatesse et de la grâce aux

Scène de salon.
Dessin de Du Maurier.

esquisses de la vie sociale. Il dessina de jolies jeunes files, de charmants enfants et fit avec soin les
boucles de cheveux, les cils, jusqu'aux chevilles des pieds, tandis que les anciens caricaturistes avaient
présenté même leurs héroïnes favorites, comme Kate Nickleby, en brodequins fourrés, sans caractère
particulier et avec une physionomie banale. La beauté de la femme est aussi rare dans les
anciennes illustrations de Dickens par Phiz que chez Hogarth.

L'impulsion donnée par Leech à la caricature de mœurs ne s'est pas arrêtée. La même direction
a été suivie par M. Du Maurier qui a dépassé encore ce maître dans la recherche de cette sorte de
beauté qui nous semble,- à nous autres Français, contraire au principe de la caricature. Nous deman-
derons la permission de donner à propos de cet artiste quelques indications sur sa vie encore peu connue
chez nous. Né à Paris, en 1834, Georges Louis Palmella Busson Du Maurier a reçu une éducation
toute française. Sa mère était Anglaise, et son père, né d'émigrés français qui s'étaient réfugies à
Londres pendant la Terreur, était aussi sujet anglais. Après avoir achevé à Paris ses études, M. Du
Maurier se prépara à conquérir le grade d'ingénieur des mines ; mais il prit bientôt en dégoût cette
profession et se mit à apprendre avec ardeur l'art du dessin. En 1857, il devint élève de Gleyre, et,
après divers voyages en Belgique et en Allemagne pour se perfectionner, il retourna en Angleterre où,
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