L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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304 L'ART.

en 1864, à la mort de Leech, il entra au Punch comme dessinateur. La réputation qu'il s'y est faite est
maintenant définitive et il doit être considéré comme le représentant le plus autorisé de la caricature
de mœurs contemporaine en Angleterre. Les quelques esquisses que nous reproduisons ici d'après le
Punch et qui sont signées de ses initiales ne peuvent donner qu'une imparfaite idée de la grâce, du
fini de son exécution. Rien ne peut rendre le charme de ses petites scènes enfantines. On y
reconnaît l'influence du peintre célèbre dont il a pris les leçons, et l'on s'explique la précision
des effets quand on sait à quel travail minutieux l'artiste se livre pour y atteindre. Dans une lettre
qu'il nous écrivait récemment il nous disait : « Je dessine mes figures avec beaucoup de soin et me
sers de modèles absolument comme si je faisais de la peinture à l'huile. » Nous ne pouvons néan-
moins nous empêcher de dire que ce n'est point là de la caricature. L'artiste nous objectera peut-être
qu'il est condamné à cette réserve par le journal même dont il est le collaborateur, lequel, ayant ses
entrées dans toutes les familles, doit pouvoir être feuilleté sans danger par les jeunes filles. Nous
répondrions que le champ de la caricature est vaste et que ce n'est point le parcourir que se
borner (quelque talent qu'on y mette) à représenter des enfants mignons et mutins, des ladies d'une
beauté raffinée, avec des fronts bas, des cous semblables à une tour, des bras longs et délicats, des
lèvres faisant la moue, des vêtements d'une nuance étrangement subtile et qui entourent leurs
personnes de vaporeux reflets, dans la grâce languissante desquelles enfin on découvre, comme le
disait naguère un critique anglais, le goût de la vieille affectation chinoise et japonaise.

Et maintenant que nous avons rappelé les phases diverses traversées dans le Punch par la cari-
cature de mœurs, ouvrons ce recueil au hasard et cherchons-y quelques exemples. Si nous n'y trouvons
pas les boudoirs coquets des courtisanes, en revanche nous pénétrerons dans les ménages et assis-
terons aux épisodes tranquilles de la vie de famille. Ici est un magnifique valet de pied qui a revêtu
les habits de son maître, s'est coiffé de son chapeau de cérémonie, s'est recouvert la poitrine de ses
décorations, et, mollement couché sur le sofa du salon, se livre à la lecture d'un roman d'amour en
interrompant de temps à autre cette agréable occupation par des libations de porter et de whisky.

Plus loin, ce sont des étudiants qui courtisent une
belle marchande assise à son comptoir, en dégustant
lentement leur pinte d'ale. Là, une jeune modiste
portant en ville un lourd carton rempli de chapeaux.
Au milieu de cette chambre où les journaux de toutes
nuances sont entassés, où se dressent pêle-mêle les
bustes des hommes d'État de tous les temps, vous
voyez un électeur anglais. Ses cheveux sont hérissés,
et de sa main crispée il saisit avidement les journaux
empilés devant lui, les parcourt d'un regard fiévreux
et les jette sous son bras pour en reprendre d'autres.
Parfois vous rencontrez des silhouettes grotesques
ou quelque charmant visage de femme noyé dans des
flots de cheveux retombant en cascade sur ses épaules
et jusque sur ses talons, avec une légende dans le
• genre de celle-ci :
^^^xx « Une vieille perruque de Malborough ne serait-

elle pas un moyen pour provoquer la mode de porter
Les excentricités de la mode, encore un peu plus de cheveux? »

Tantôt le Punch s'attaque aux vices de ses com-
patriotes et les raille doucement, tantôt il relève avec gentillesse d'un crayon [plein d'humour les
attitudes des bébés ou les allures d'une mistress au visage allongé. Veut-il se moquer de la charité
parcimonieuse du clergé anglican? Il représente un curé replet et bien portant qui, pour les besoins
de sa digestion, se promène <ivec lenteur dans un jardin public, et, les mains dans les poches de
derrière de sa houppelande, l'air grave comme il convient à un ministre du culte, et satisfait comme
il est naturel à un homme ayant fait un bon dîner, apostrophe une pauvre femme en ces termes :
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