L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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328 L'ART.

David ne manquait pas d'enthousiasme. L'instinct et la passion lui parlaient avec force; mais
l'ardeur qu'il éprouvait se trouvait en contradiction avec ses principes. Il plaçait devant l'art les bar-
rières du dogme. Avant tout, il croyait que l'action et les personnages gagnaient à être vus à distance,
au travers des siècles. Le but de la peinture, comme il le disait dans une de ses lettres, était de faire plus
grec et plus romain. Qu'en est-il résulté ? Il a transporté ces impressions dans des types classiques, ana-
logues à des héros de tragédie. 11 a peint dans ces tableaux non pas le monde de Corneille, mais
presque celui qui s'exprime avec une langue déclamatoire et factice chez nos derniers tragiques, de
Marie Chénier à Arnault.

Nous pourrions lui reprocher, à propos de la Mort de Barra, d'avoir gardé bien des éléments
faux et de convention dans la composition de ce tableau. Nous l'aimerions mieux conçu à la manière
de Delacroix, comme le Massacre de Scio et la Barricade de Juillet. C'est une œuvre d'actualité idéale.
La vérité est loin : on ne se doute pas assez que cet enfant, qui est resté mort à terre, faisait partie
d'une armée.

On lit cependant à travers cette œuvre, et elle n'évoque pas moins d'une façon saisissante un type
de la Révolution. David nous a transmis un souvenirvivant de l'enfant enthousiaste qui part pour l'armée,
ou monte en temps d'émeute sur les barricades. C'est un type essentiellement français1. La
Révolution en a vu plus d'un. Les tambours de la Convention roulaient sur les places publiques, appe-
lant la nation aux armes. Barra, obéissant à son ardeur, est venu s'engager et il a voulu battre la
charge. H y a une vocation guerrière chez l'enfant, au moment où il est frappé par les images mili-
taires. Que de légèreté et d'insouciance se mêlent à ce désir! Mais faut-il raisonner sur l'héroïsme?
Acceptons-le tel qu'il est, sans nous occuper de la destinée qui protège les uns et frappe les autres.

Si la mort avait épargné Barra, il aurait pris part aux grandes guerres ; il aurait conduit les vété-
rans, devenu presque vétéran lui-même. Mais enrôlé si jeune, il courait bien des dangers. La carrière
militaire devait lui être fatale. Il est mort au bon moment pour avoir le premier sa tradition glorieuse
au milieu de la race légendaire des enfants patriotes.

Antony Valabrègue.

i. Il a été jugé diversement suivant les opinions. Voir Victor Hugo, les MiserMes, et Alfred de Vigny, Servitude et grandeur militaires.
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