L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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JAPONISME. 339

souhaiter que les années pussent s'accumuler sans altérer les traits du visage, alors même que l'on sait
que l'existence a un terme. » Le sens caché de ce distique serait à peu près « qu'il faut que les années
s'accumulent, car la sagesse ne s'acquiert qu'avec l'âge, mais qu'on ne devrait pas, en même temps,
subir ce triste changement qui flétrit le visage. » Les poètes des peuples délicats, fiers et penseurs,
les Grecs surtout ont gémi aussi sur cette altération d'un visage rayonnant de fraîcheur ou de force,
d'harmonie ou de grâce, de ce miroir de tous les instincts et de toutes les résolutions, de cette cire
animée perpétuant les caractères propres aux groupes humains et la raison de leur supériorité dans
le combat pour la conquête du monde, l'Intelligence et le Courage.

Pour compléter notre énumération des représentations de Ko Mati en matières diverses, nous
citerons une élégante statuette, que nous possédons, en porcelaine ancienne de Satsouma. Elle est
représentée jeune, à son arrivée à la cour, droite
sur ses genoux, dans la pose des dames de ser-
vice. Un bandeau retient sur son front ses che-
veux noirs épandus sur le dos. Le visage est
modeste, doux et intelligent.

M. Henri Cernuschi en a récemment acquis
une, en terre cuite émaillée, de travail très-
ancien.

Enfin, nous en rencontrons une, en bois
sculpté, parmi les envois si variés que M. Bing
a reçus, ces temps derniers, du Japon. Elle est
vieille comme la précédente. Elle marche cour-
bée, en s'appuyant sur un bâton. C'est une pièce
capitale. Les yeux sont en ven-e émaillé, ce qui
donne, même sur de petites proportions, une
sorte de vie latente et spectrale à ce visage
immobile. On sait, par des exemples décisifs,
que les sculpteurs romains, dans leurs bustes en
bronze, n'hésitaient pas à employer ce moyen
qui semblerait aujourd'hui d'un réalisme excessif Ko Mati en costume de cour.

et troublant '. Fac-similé d'un dessin de H. Somm, d'après un album de Ho Ku Saï.

Les représentations de Ko Mati jeune sont
fort rares. Celle-ci, un modèle pour dessus de boite ou d'encrier sans doute, est prise dans un album
in-8° introuvable en France quoique de tirage récent, qui a pour titre : « Le livre éclatant comme un
tissu d'or, modèles pour les métiers artistiques, par Kin Saï; à Osaka, de l'imprimerie des Boules
réunies, etc. » Les fleurs de cerisier dont le dessin sème sa robe, ou qui, en branche épanouie, pendent
sur sa tète, sont son attribut ordinaire, attribut amoureux et poétique. Cette image est en regard de
celle d'une jeune impératrice chinoise, célèbre aussi par ses charmes. Voilà donc un type des carac-
tères de la beauté traditionnelle : un ovale hardiment allongé, qu'accusent démesurément pour nous
les sourcils épilés et reportés au pinceau sur le haut du front; un nez long, mince, légèrement
busqué ; des yeux étroits, à fleur de peau, bruns, comme encadrés clans un ton de fard qui doit en
aviver les rayons; une bouche petite, aux lèvres entr'ouvertes ; des cheveux noirs, abondants, longs s.

1. J'aurai à revenir, quelque jour, sur les yeux émaillés d'une admirable statuette en bois sculpté que je possède et qui est peut-être
de travail coréen : un très-vieux prince assis dans un trône posé sur le dos d'un lion. Ce morceau, précieux à tous les titres, nous a été
rapporté, l'an dernier, de Yedo, par M. Philippe Sichel.

2. Voici quel est actuellement « l'Idéal de la femme chez les Japonais. » Nous détachons ces lignes d'un mémoire, intéressant à tous
les titres, remis à la Société des Etudes japonaises, par M. Imamura Warau. M. Imamura est répétiteur au Collège de France; son mémoire
a été inséré in extenso dans le Compte rendu de la. première session du Congrès des Orientalistes, i volume in-8° avec planches et figures, publié
à Paris, chez Maisonneuve, 1825.

«... Je commencerai, messieurs, par la tète, qui n'est ni trop grande, ni trop petite. Figurez-vous des yeux noirs, grands, surmontés
de sourcils d'un arc étroit, bordés de cils noirs ; un visage ovale, blanc, rosé très-légèrement aux joues ; un nez droit, fin, huit; une bouche
petite, régulière, fraîche, dont les lèvres minces découvrent de temps en temps des dents blanches rangées régulièrement (ici M. Imamura
n'a pas eu le courage de reprocher aux femmes mariées de son pays leur insupportable manie de se laquer les dents en noir); un front
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