L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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LES

CONCURRENTS AUX PRIX DE ROME

(PEINTURE ET SCULPTURE)
I.

es jeunes peintres concurrents aux prix de Rome avaient -cette année
un sujet intéressant à traiter. Ces versets de saint Luc ont servi de
programme :

« Or, il y avait aux environs des bergers qui passaient les nuits dans
les champs veillant tour à tour leurs troupeaux.

« Et tout à coup un ange du Seigneur se présenta à eux et sa lumière
divine les environna, ce qui les remplit d'une extrême crainte.

« Alors l'ange leur dit : Ne craignez point, car je viens vous apporter
une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie. C'est
qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur qui est le Christ du Seigneur. »

Une imagination d'artiste devait être séduite par cet effet de nuit de décembre, subitement éclaiic-e
par un rayonnement céleste, mettant en lumière les têtes de ces bergers surpris dans leur sommeil,
éblouis et étonnés. Par la nature de la composition et des développements auxquels il pouvait donner
lieu, ce sujet n'était pas académique, et l'on est tenté de féliciter, les candidats quand on songe à certains
programmes imposés les années précédentes. Se représente-t-on par exemple un jeune homme doué
de tempérament, et montant plein d'ardeur en loge pour se trouver condamné à faire un tableau
représentant le Sacre de David par Saiil ?

Les concurrents étaient au nombre de dix; nous allons examiner successivement leurs œuvres en
suivant l'ordre de leur réception en loge. Le premier, M. Chartran, a très-bien compris le sujet, et sa
composition est une des plus heureuses. Les bergers reposent sous de grands arbres devant un feu qui
fume. Au-dessus, s'étend le ciel qui va se confondre avec l'horizon plongé dans les ténèbres, et sur
ce fond noir, l'ange s'enlève. Le groupe des bergers est arrangé avec art; la figure principale se dresse
en voyant l'apparition; les bras étendus, elle regarde; le geste est spontané et naturel; les autres
bergers assis ont fait un mouvement en arrière et restent plongés dans la stupeur. Indépendamment du
mérite de cette composition, un dessin à la fois large et ferme, un coloris d'une harmonie suffisante
auraient pu donner à M. Chartran des chances très-sérieuses, si la figure de l'ange n'était venue gâter
malencontreusement l'effet de l'ensemble. Là où l'artiste a rêvé un contraste, il y a une discordance
pénible. Cet ange, d'une blancheur mate et crue, détonne et fait une note criarde. Le geste de ses
bras est, il est vrai, assez heureux : d'une main il rassure, de l'autre il montre la ville de David. Mais
la forme générale est lourde et massive; la tête, en raison de sa prétention à être diaphane et aérienne,
manque d'expression ou plutôt semble effacée. M. Chartran a montré de l'intelligence en mettant son
ange en lumière, à la place principale; malheureusement cette figure étant mauvaise, le regard est
attiré et blessé tout à la fois, et ce qui était une preuve de goût devient une raison d'insuccès. Malgré
cette erreur il y a des qualités très-sérieuses dans cette composition et elle aurait mérité certainement
la deuxième place, mais M. Chartran, ayant déjà obtenu un second prix, ne pouvait plus prétendre
qu'à la première récompense.

Nous savons trop combien il est triste de ne pas réussir dans un concours, et combien il y a
d'efforts louables dans une œuvre même manquée, pour appesantir nos critiques sur le tableau n° 2.
M. Moreau s'est trompé, la couleur générale est choquante : au lieu d'un effet de nuit, nous avons un
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