L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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COURRIER D'ALLEMAGNE

Hambourg, 31 juillet.

r.

l s'en faut de beaucoup qu'il s'agisse d'une ville artistique ;
c'est avant tout une grande cité d'affaires, et il serait fort diffi-
cile d'y trouver et, à -plus forte raison, d'y admirer des
monuments; mais c'est un centre si mouvementé, si pitto-
resque, si charmant, sa population est si intelligente qu'il n'est
point surprenant que, parmi tant de Crésus dont les demeures
s'élèvent sur les bords du lac intérieur ou se cachent au milieu
des enchantements ombragés du lac extérieur, on compte de
nombreux collectionneurs ; quelques-uns cependant habitent au
cœur même de la ville, et ce ne sont pas ceux qui possèdent les
moins précieuses richesses artistiques.

Au point de jonction en quelque sorte des deux lacs, en face de la statue de Schiller, est bâti le
nouveau Musée de peinture, de sculpture et de gravure. La façade est extrêmement médiocre; le rez-
de-chaussée, consacré à des moulages de chefs-d'œuvre de la Grèce, de Rome et de la Renaissance
italienne, et aussi à quelques productions originales modernes d'un ordre très-secondaire, est bien dis-
tribué pour cette destination; il en est de même de la salle réservée aux gravures et aux dessins; la
collection d'estampes contient de belles épreuves; le directeur du Musée, M. Meyer, est un iconophile
distingué.

Un grand escalier, de proportions vraiment monumentales, conduit à l'étage réservé aux tableaux,
et quels tableaux, hélas! Ce serait presque à ne pas se pardonner d'avoir gravi les marches pour aboutir
à une aussi cruelle déception, s'il n'y avait là un chef-d'œuvre qui mérite à lui seul la visite. Il s'agit
d'un Troyon bien connu à Paris, où il a appartenu à feu M. Van Cuyck. Daté de 1855, il représente
une vaste prairie avec un troupeau de vaches et de moutons vu de dos et compte parmi les plus
admirables productions de l'illustre artiste. L'histoire de l'entrée de cette toile au Musée de Hambourg
est curieuse. A l'époque de son acquisition, en 1868, elle appartenait à M. Stephan Bourgeois, un
marchand justement estimé pour ses connaissances et son goilt, et qui s'est presque exclusivement
consacré, depuis une douzaine d'années, à la propagation des œuvres des maîtres français en Alle-
magne ; il se trouva pour la vente de ce magnifique tableau en présence d'une opposition aveugle et
que tout autre que lui eût probablement déclarée insurmontable. Il y avait heureusement, et il y a
encore, à la tête du conseil d'administration du Musée, un amateur vraiment éclairé, M. le sénateur-
syndic Cari Hermann Merck, qui déclara excellente la proposition de l'intelligent marchand, et finit
par enlever de haute lutte un vote approbatif; le tableau fut acquis pour 12,000 francs; il vaut bien
plus du double.

Le catalogue publié l'an dernier forme une brochure de 108 pages avec plan, et ne comprend pas
moins de 418 numéros pour les œuvres de peintres anciens et modernes1. Les anciens sont absolument
déplorables; quand les tableaux ne sont pas faux, ils sont tellement retouchés qu'ils ne sont plus que
des ruines, entre autres un Ruysdael qui existe tout au plus à l'état de souvenir. La circonstance atté-
nuante, prétend-on, c'est que ce sont tous des legs ou des cadeaux.

Les Hambourgeois ont en effet le culte de leur Musée; malheureusement cette noble passion se
traduit d'une façon bien fâcheuse; accepter des dons quand même, et quels qu'ils soient, est un système
qui ne peut aboutir qu'aux détestables résultats que l'on est forcé de constater ici. De ces 418 numéros,

1. Verreichniss der Sœmmhmg von G.mœlden uni plastichen Iferken ier Kunsthalle ?•« Hamburg. 1874.
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