L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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A. L. BARYE

1796-1875

r, durant le cours de cette année, la peinture a pleuré Millet et
Corot, la sculpture a été frappée d'un coup plus rude encore; elle a
perdu Antoine Louis Barye, le maître du bronze.

Il était né à Paris le 24 septembre 1796, et non 1795 comme le
disent certains biographes; son père, d'origine lyonnaise, établi maître
orfèvre à Paris, avait épousé une demoiselle Claparède, d'une bonne
famille de robe. M"ie Barye, qui a vécu assez de jours pour voir les
succès de son fils, semble n'avoir pas exercé sur lui une notable
influence; il tenait plus du caractère de son père; il n'a pas eu cette
marque maternelle que portent si souvent les hommes destinés à la
célébrité. Soit par l'indifférence de ses parents, soit par l'indépendance de son propre caractère ou
pour toute autre cause, l'enfant ne fréquenta les cours d'aucun collège; mais, presque au sortir du
berceau, il témoigna de sa vocation pour les arts : sa famille a longtemps conservé des découpures
d'animaux sorties non sans grâce de ses ciseaux enfantins, et elle se plaignait de le voir couvrir les
murailles de dessins qu'il traçait avec de la brique pilée délayée dans de l'eau. Il est puéril, assuré-
ment, de donner une importance exagérée à ces indices d'une aspiration naissante; mais, quoi qu'il
fasse, l'esprit s'y complaît et s'y attache; dans des essais vagues et informes il aime à trouver le germe
des œuvres futures. Il le rencontrerait plus sûrement chez Barye dans le soin qu'il prit de se donner
l'instruction qui lui manquait. Non content d'étudier avec ardeur tout ce qui touchait à l'art qu'il
devait honorer, il arriva, en histoire, en géographie, en archéologie et dans les principales branches
des sciences naturelles, à posséder des connaissances très-étendues et très-solides. Sa mémoire était
belle, il la garda intacte jusqu'à la fin de sa vie; cependant, en ses derniers jours, il se plaignait
d'oublier les dates, défaillance commune à presque tous les vieillards. Sa jeunesse, son existence
entière furent honorables et laborieuses, il fit du travail son devoir et son plaisir. La nature lui avait
donné la qualité excellente des vrais hommes de l'art ; ainsi que James Watt, il aurait pu prendre
pour devise et écrire sur son cachet le mot « observare » ; il voyait beaucoup, vite, et juste; il étudiait
scrupuleusement les objets qui l'avaient frappé et savait en conserver une nette empreinte. A ce titre,
il fut un réaliste, mais dans le noble sens du mot, ne tombant jamais dans le trivial ou l'ignoble, et
relevant par l'attitude, par le caractère, les êtres qu'il reproduisait. Il ne pensait pas, comme certaine
école, que l'art fût la recherche du laid ; il savait, au contraire, dans les modèles qu'il choisissait,
trouver la beauté qui leur est propre. Il traitait avec le même respect, avec le même sentiment de
vérité les hommes et les animaux, les prenant à leur point et en leurs meilleures conditions plastiques.
Par exemple, dans son admirable groupe de Thésée et du Minotaure, du héros ou de la brute, qui l'em-
porte par la beauté du rendu et par l'excellence des formes ? En cette lutte suprême, les deux acteurs
ont les perfections de leur race; la brute est une brute puissante, Thésée un demi-dieu.
Mais reprenons pour le moment notre rôle de biographe et suivons l'enfant.

Ses premières études, ou plutôt la première carrière vers laquelle il se tourna, fut la gravure. Il
entra chez le graveur Fourier, spécialement chargé des équipements militaires dont, à cette époque,
il se faisait une si désolante consommation; en même temps, quelquefois, il exécutait des matrices
d'acier pour les repoussés d'un orfèvre fin et délicat nommé Biennais. Dans cet apprentissage sérieux,
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