L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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A. L. BARYE. 36$

de lui? Sans doute, avec son originalité profonde et son ardent amour du travail, il ne se serait point
endormi sur des lauriers si souvent éphémères ; mais qui peut affirmer qu'il eût échappé à des influences
délétères, à la « malaria » qui a si longtemps régné à la villa Borghèse ?

Ce qui importait c'est que Barye sortît des luttes académiques sans découragement, sans inquié-
tude sur la nature de sa vocation ; c'est ce qui arriva heureusement. Mais plus sévère pour lui-même
que ne l'avaient été ses juges, il redoubla d'efforts; et c'est de 1823 que date le grand labeur de sa
vie. Pressé parles nécessités de l'existence, il travailla, depuis cette époque jusqu'en 1831, pour Fau-
connier, orfèvre de la duchesse d'Angoulême ; il composa pour lui de petites merveilles dont, plus tard,
parvenu à la renommée, il consentit, sur les instances de la famille Fauconnier, à signer quelques-
unes. Les animaux qu'il modelait pour l'orfèvrerie ont déjà les principales qualités qui se rencontre-
ront dans ses bronzes les plus célèbres : même art exquis, même respect de la vérité, même manière
de sentir et de rendre la nature. Il passait de longues heures devant ses modèles, étudiant leurs mœurs,

Élan et Lynx.
Fac-similé d'un dessin de A. Lançon, d'après le bronze de Earye.

leurs habitudes, les comparant entre eux, se rendant familières leurs formes et s'emparant de leur
caractère. 11 les dessinait, il les peignait, il faisait revivre leurs couleurs, feuilletait sans relâche les
ouvrages qui retraçaient leur structure et racontaient leur vie. Il était l'auditeur fidèle des leçons du
Jardin des plantes, et jamais les œuvres de BufFon, de Lacépède, de Cuvier, n'eurent un lecteur plus
attentif. Il suivait assidûment les cours d'anatomie ; se rendait présente l'histoire des événements, des
hommes, de l'art, des costumes, des découvertes, des voyages; apprenait les délicates opérations que
nécessite la fonte des,métaux, et acquérait ainsi une masse de connaissances qui ne sortaient plus
de sa mémoire sans relâche exercée. Il avait cette sage opinion que l'artiste qui ne sait que son art ne
tarde pas à devenir un simple manœuvre, et il se détournait lorsqu'il entendait dire que la science tue
l'imagination : elle en est au contraire la gardienne et doit en être le guide. L'imagination n'a pas
fait défaut à Léonard de Vinci, à Michel-Ange, à Raphaël, à Rubens, à Van Dyck, à Lesueur, au
Poussin ; est-ce que, par hasard, le savoir manquait à ces hommes qui savaient tout? Dans le cerveau •
humain toutes les cases se tiennent, se touchent, se correspondent, et mutuellement se fortifient et
s'éclairent.

A l'Exposition de 1827, Barye envoya deux bustes, l'un d'une jeune fille, l'autre d'un jeune homme,
plus quelques m'daillons. Le j^ublic, peu nombreux alors, les regarda sans doute, la critique en fît

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