L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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368 L'ART.

d'homme dans le Salon vous remue plus l'âme que la mort de cette petite gazelle, longue comme la
main, si languissamment couchée à terre comme si elle venait de rendre le dernier souffle? Quel
assassinat d'homme vous attendrit plus que ce cerf blessé qui dispute aux chiens un reste de vie, ou
que ce cheval terrassé par un lion ? Quel mime exprimerait mieux l'horreur et la crainte que ce lion
écrasant un serpent? Qui vous ferait rire d'un meilleur rire que cet ours debout attendant que vous
lui jetiez un morceau de brioche ? Qui ne se souvient d'avoir vu s'ébattre au Jardin des plantes deux
petits ours, enfants de la même mère, avec des grâces horribles et des pattes aussi désarmées de
griffes que les deux ours de M. Barye?... Pour un tel homme, l'art est plus qu'un culte, c'est une joie
de toute la vie. Oui, avec des dons si rares en tous les temps, la facilité, l'esprit, le sentiment, avec
un monde immense à explorer, un artiste doit être heureux; s'il ne l'est pas, le génie ne serait qu'un
mensonge, et nous, nous ne serions que des barbares. »

Eh bien, en 1833, il y avait des barbares comme il y en aura toujours; ils s'en allaient disant :
« Qu'est-ce que tous ces petits serre-papiers, qu'est-ce que cette sculpture de vénerie et de salle à
manger? Où sont ces grandes lignes, cette composition pyramidale, difficulté et gloire du grand
art? » Et naturellement les vieux burgraves de ranger Barye parmi les faiseurs de bibelots.

« Le lion exposé au Louvre en 1833, dit Gustave Planche, excita un cri général d'étonnement
parmi les partisans de la sculpture académique. Bientôt l'étonnement fît place à la colère, car le
public, en dépit des remontrances que lui adressaient les professeurs et tous ceux qui juraient d'après
leurs maximes, s'obstinait à louer Barye comme un artiste aussi heureux qu'habile... Quand le modèle
acheté par la liste civile et fondu à la cire perdue par Honoré Gonon avec une rare précision, fut
placé aux Tuileries, on raconte qu'un artiste, connu depuis longtemps par l'inébranlable fermeté de ses
principes, s'écria avec une colère pleine de naïveté : « Depuis quand les Tuileries sont-elles une
ménagerie? »

11 avait raison de s'indigner, le brave homme! Qu'allait devenir la longue famille des lions de
Plantard, si ronds, si gras, avec leurs yeux en boule de loto, et portant si majestueusement la
perruque Louis XIV? Leur temps était fini, on ne pouvait plus les regarder sans rire. Quelle différence
entre eux et les bronzes vivants de Barye! « Son lion étreint un serpent entre ses griffes et s'apprête
à le dévorer. L'expression du regard ', le mouvement des épaules, l'attitude entière de la figure
concourent admirablement à l'explication du sujet... Malgré la singulière inintelligence avec laquelle
ce groupe est placé 2, bien que le regard plonge sous l'aisselle du lion tandis qu'il devrait se trouver
en face de l'épaule, toutes les parties du modèle sont traitées avec une précision si savante, il y a
dans l'imitation des détails tant de finesse et d'habileté que l'aspect de cet ouvrage inspire une sorte
d'épouvante... C'est un prodige d'énergie et d'exactitude. »

A. Genevay.

(La fin au prochain numéro.)

1. Surtout le rictus plein de dégoût et de colère.

2. Aux Tuileries, à la descente de la terrasse du bord de l'eau.

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