L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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SALON DE 1875

(suite1.)

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XXI.

oasis.

Redescendons dans le jardin. Il est impossible de subir
indéfiniment cette fournaise du premier étage ; on y est à la fois
asphyxié et aveuglé; c'est dérision d'appeler pareil tohu-bohu
un Salon. Quiconque possède un peu de goût y gagne infailli-
blement une maladie nerveuse s'il a le courage de s'imposer le
consciencieux supplice de tout voir pour ne rien laisser échap-
per de ce qui mérite à quelque titre d'être signalé. J'ai une
assez bonne dose d'énergie et je sais vouloir; j'ai donc réso-
lument tenté l'entreprise. Eh bien, il me faut y renoncer; c'est
essayer de réaliser l'impossible; les forces humaines ont des
limites; j'ai le vertige du médiocre, du mauvais et du pire!

Aiî rez-de-chaussée rien de pareil à craindre. A peine y
avez-vous pénétré qu'un sentiment de bien-être s'empare de
vous ; l'œil se repose avec joie sur tant d'heureuses créations
marmoréennes, et, là même où l'on ne sent point d'attraction
sympathique, on est toujours forcé de reconnaître, sinon beau-
coup de talent, tout au moins un savoir sérieux. L'à-peu-près et
l'art sous-jambe, qui envahissent malheureusement les galeries
supérieures, restent inconnus aux sculpteurs français dont la
prééminence résulte du double courant qui leur apporte sa
salutaire et fortifiante influence : le maintien des puissantes
traditions séculaires de l'École et le souffle vivifiant de l'esprit
moderne. Entrez au Louvre, étudiez les salles de la sculpture à
partir de la Renaissance et vous serez à chaque pas obligé de
constater que le génie français est en opposition radicale avec
les formules académiques, que l'immobilité et l'absence d'ex-
pression dans l'art lui sont essentiellement répulsives et que
c'est à sa sculpture que revient surtout l'honneur d'avoir toujours
été de son temps, — la triste période du premier empire excep-
tée, — et d'avoir constamment assuré le triomphe de l'art vivant
sur l'art conventionnel. C'est là un fait indéniable et qui ressort une fois de plus de l'ensemble de
l'exposition de la statuaire en 1875. A l'heure présente, dans aucun pays, on ne sait faire parler le
marbre comme en France; il en était ainsi au siècle dernier, au siècle précédent; le glorieux héritage
n'est point tombé en des mains dégénérées. La mort de la plupart des'peintres de la magistrale
génération de 1830 nous prescrit la modestie; il n'en est pas de même pour les sculpteurs : chaque
grand nom qui disparaît semble laisser après lui quelque digne successeur.

Même parmi ceux qui vont à l'encontre de la voie féconde et qui croient faire du Grec, —

1871.

Fac-similé d'un dessin de C. Gilbert,
d'après la statue de Geoffroy.

1. Voir tome ii, pages 7, 3$, 56, 77, 102, 137, 150, 178. 204, 222, 244, 269, 294, 318, et 343.
Tome II.

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