L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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A. L BARYE

1796-1875

l'époque où nous sommes arrivé, Barye rencontra, nous ne dirons pas de
la protection, mais de la bienveillance, dans un certain monde officiel, chez
le duc d'Orléans et ses frères, amateurs des nouveautés de l'art. Le prince
royal possédait plusieurs de ses œuvres, entre autres cet Ours à l'auge,
admirable petite pièce d'une composition si plaisante et si fine qu'il est
impossible de la regarder sans que le sourire monte aux lèvres. Le duc
d'Orléans voulut avoir un surtout de table de la main du grand artiste,
comme les papes et les rois de la Renaissance demandaient des aiguières
et des coupes à Benvenuto. La pensée assurément était bonne; cependant
à quels ouvrages plus dignes n'eût-on pas diAi ajipeler le génie de Barye? Voici à ce sujet ce qu'écri-
vait le peintre de Samson et des Cimbres : « ..... Sans me mettre au niveau de cet excellent artiste,

j'ai le sort de Barye. Ce génie piquant et original, aux aptitudes et aux études spéciales, qui eût
décoré nos places de monuments uniques dans le monde, se trouve trop heureux de pouvoir formuler
ses idées dans les maigres proportions d'un surtout d'un usage impossible, et finalement il est triste
de constater qu'un talent qui, seul petit-être, eût pu doter son pays d'un monument vraiment original,
se voit réduit à la fabrication de serre-papiers. »

Nous sommes parfaitement de l'avis de Decamps. Oui, il fallait donner à Barye de plus larges
travaux; oui, il fallait lui livrer la décoration de nos monuments, de nos fontaines, de nos places, de
nos jardins, mais la dimension n'est point une condition constitutive et indispensable de l'art; nous
le retrouvons, nous le saluons aussi puissant et aussi visible dans une petite figure de quelques pouces
que dans un trophée colossal; il agrandit et relève tout ce qu'il touche. Que nous importe l'usage
vulgaire de l'objet sorti de ses mains triomphantes? Rangerons-nous parmi les marchandises dont un
regard délicat se détourne les chandeliers travaillés par Michel-Ange et Raphaël, les plats de
Bernard de Palissy, les heurtoirs et les grilles forgées de la Renaissance? Est-ce que leur destination
commune nous touche et nous arrête? L'art les a marqués, ennoblis, et nous leur ouvrons nos musées,
nos galeries où ils demeurent l'éternel objet de nos études et de notre respectueuse admiration.

Ce fut assurément avec cette pensée que Barye se mit à exécuter les neuf groupes dont il orna
le surtout du duc d'Orléans; cinq sont des chasses à cheval, et les quatre autres ont leur beauté aussi,
quoiqu'ils soient d'une moindre importance. Les cinq chasses célèbres sont : la Chasse au tigre, la
Chasse au taureau, la Chasse aux ours, la Chasse au lion, la Chasse à l'élan.

Dans la première, deux tigres d'une souplesse étonnante sont pendus aux flancs d'un éléphant qui
porte deux chasseurs indiens. Le géant est calme, il va toujours, certain que ses maîtres le. délivreront
de ces dents et de ces griffes qui ne peuvent déchirer son épaisse cuirasse; il est superbe. Superbe
aussi le sang-froid des Indiens ; ils sentent le souffle des deux monstres, mais ils sont sûrs de la victoire;
les tigres, inévitablement frappés à mort par leurs lances, rouleront bientôt par terre. Les deux félins
sont admirables; jamais artiste n'a comme Barye rendu la souple échine, le mouvement onduleux, la

1. Voir tome II, page 361.
Tome II.

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