L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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386 L'ART.

grâce féroce de ces chats des jungles, leur peau lustrée, et ce mufle en trèfle qui, lorsqu'ils sont flâtrés,
ressemble à une tête gigantesque de vipère rousse.

Dans la Chasse au taureau sauvage, la stupide et violente bête, après une vive poursuite que tout
trahit, fait fort, et, tête baissée, menace les deux cavaliers qui la poursuivent, revêtus du costume de
chasse du temps de François Ier. Ferme sur ses jarrets, le regard farouche coulant sous son front
abaissé, on sent qu'elle va éventrer le premier cheval qui fond sur elle, si, par un mouvement rapide,
le cavalier ne l'enlève et ne le déplace. Eh bien, si profonde est la science de l'artiste dans la structure
du cheval, — Géricault ne la connaissait pas mieux, — que le cavalier, on le devine, a demandé ce
déplacement à sa monture. On [est tranquille sur l'issue de la lutte, l'intelligence primera la force.
Nous disons que l'on est tranquille, parce que la sculpture de Barye est si vivante que les scènes
inventées par son caprice deviennent des drames dont l'intérêt saisit. Et comme ses cavaliers se tien-

LlON DÉVORANT UNE ANTILOPE.
Fac-similé d'un dessin de A. lançon, d'après le bronze de Barye.

nent bien en selle! et par quelle entente réfléchie de la composition, hommes, chevaux, taureau,
séparés mais unis, se relient pour former l'unité du groupe !

Si vous consultez le dictionnaire d'une fausse école, il existe des mots nobles et d'autres qui ne le
sont pas; de même pour la sculpture. Reproduire chien, cheval, lion, tigre, serpent, lézard, passe; de ces
animaux on a des spécimens dans l'antique, mais l'ours... Voyez cependant le merveilleux parti qu'en
a tiré Barye dans sa chasse. Comme ces cavaliers du règne de Charles VII le pressent, et qui oserait
dire qu'en sa lourdeur et sa férocité brutales, l'ours ne soit pas beau, compris, étudié et rendu comme
il l'a été par notre animalier ? La beauté, que l'on veuille bien nous comprendre et ne point donner
à nos paroles un sens qu'elles n'ont pas, gît dans la représentation du caractère; le talent de BufFon
n'a pas d'autre secret; il n'est iamais vulgaire parce qu'il voit juste et que, dans l'espèce, il choisit
son modèle.

La Chasse au lion, à proprement dire, n'est point une chasse : un lion a terrassé un buffle, des
cavaliers de la tente, dont les burnous voltigent au vent, accourent pour le dégager, montés sur leurs
« buveurs d'air. » Ils voltigent autour de la bête féroce et de sa victime expirante. Comme leur
élégance contraste, lorsque, sans y penser, l'œil s'y arrête, avec les deux corps puissants qui se
débattent dans une si rude étreinte! Regardez-les de tous les côtés, aucun n'est sacrifié; ce qui est
juste, à l'endroit doit l'être à l'envers. Vous êtes en plein réalisme; tout est d'une exactitude scrupu-
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