L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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V

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

XXXI.

THE ATHENŒUM, Journal of English and Foreign l.iteratitre
Science, the Fine Arts, Music and the Drama, published by John
Francis, at ti° 20, Wellington Street, Strand, W. C. London.

THE ACADEMY, a weMy Review of hiterattire, Science and Art,
published by Robert Scott Walker, 43, Wellington Street,
Strand, London.

oici deux publications hebdomadaires qui,
depuis de longues années, jouissent en
Angleterre d'une popularité de bon aloi et
qui méritent de servir de modèles à tout
journal ayant pour but de tenir le public
au courant du mouvement intellectuel de
l'époque. Aussi a-t-on mainte fois essayé
de les imiter sur le continent, et non sans succès, bien qu'on ne
soit jamais parvenu à s'approprier complètement leurs procédés,
bien qu'on n'ait pu pousser l'imitation jusqu'à conquérir la même
autorité ni la même fortune. Cela tient sans doute à l'originalité
du tempérament anglais, qui se prête malaisément à certaines
copies.

Nous plaçons Y Athenœum et YAcademy sur la même ligne,
bien qu'il y ait entre les deux rivaux des différences caractéris-
tiques. On pourrait dire, par exemple, que si Y Athenœum est le
Times de la critique artistique, littéraire et scientifique, Y Academy
en est le Daily News... hebdomadaire. Mais ces nuances sont
surtout appréciables en Angleterre. Notons aussi que les deux
rivaux ayant chacun leur physionomie propre, malgré l'identité
du plan et du but, leur rivalité n'a rien de commun avec le
Struggle for life mis à la mode par Darwin, avec cette concur-
rence vitale qui doit avoir pour résultat final l'écrasement du
plus faible par le plus fort. Il y a rivalité, mais égalité, émula-
tion et coexistence, variété et unité, si bien que quiconque a
goûté de tous les deux ne peut plus se passer ni de l'un ni de
l'autre.

Ce qui frappe tout d'abord dans ces publications, c'est la
conscience qu'elles mettent à prendre au sérieux leur programme.
Ce n'est pas à l'étourdie et seulement pour allécher les badauds,
qu'elles inscrivent au frontispice de chaque numéro cette triple
devise : « Art, Science, Littérature, » devise usée et tellement
galvaudée qu'ailleurs elle n'inspire plus la moindre confiance.
Ici la devise est respectée comme une religion dont on tient à
pratiquer les rites, ou comme une firme commerciale à laquelle
il importe de faire honneur sous peine de déchéance. Il n'est pas
de semaine que les trois personnes de cette trinité civilisatrice,
la Littérature, la Science et l'Art, ne soient dans Y Athenœum et
dans Y Academy l'objet d'un culte spécial et d'une étude appro-
fondie. Le numéro est divisé en trois compartiments, ou pour
mieux dire en trois départements, ayant tous trois à leur service
un personnel complet d'hommes compétents, laborieux et assidus,
sans parler des sous-comparciments et des sous-chefs de bureau,
qui ont bien aussi leur utilité et dont les attributions nettement
délimitées et la besogne intelligemment faite ajoutent à l'intérêt
de l'ensemble.

Prenons comme exemple de la répartition du travail le dépar-
tement littéraire. Voici d'abord une série d'articles développés
sur les ouvrages les plus sérieux parmi les plus récents, sur ceux
dont l'importance appelle un examen détaillé à cause de la valeur
intrinsèque du livre ou de la notoriété de l'auteur. Philologie,
linguistique, histoire, ethnographie, philosophie, enfin la littéra-
ture proprement dite, et particulièrement la poésie, tous ces sujets
si variés sont traités par des spécialistes qui possèdenc à fond
la matière dont ils ont à s'occuper. Les articles de Y Athenœum

sont généralement anonymes, selon l'ancienne tradition de la presse
anglaise. La signature est l'un des caractères distinctifs de VAca-
demy, et ses collaborateurs ayant pour la plupart un nom dans
les lettres, la signature est pour le lecteur une garantie supplé-
mentaire de la compétence de l'écrivain; mais à peine a-t-on
parcouru les articles de Y Athenœum qu'on se persuade qu'ils
mériteraient d'être signés.

Une rubrique spéciale, Our library table dans Y Athenœum,
Selected Books dans Y Academy, mentionne les ouvrages qui se
sont entassés dans le bureau de rédaction, et dont on n'a eu que
le temps de déchiffrer le titre, mais dont on aura soin de couper
les pages, sauf à en rendre compte, s'ils en valent la peine.

Un bulletin d'actualités littéraires, Novels of the Week, dit

Y Athenœum, Notes and News, dit Y Academy, donne les nouvelles
de la semaine et condense en une ou deux colonnes d'un texte
minuscule les informations locales, nationales et étrangères.

La revue des romans anglais est l'une des curiosités les plus
piquantes de ces deux publications. Tâche terrible que l'analyse
de la production romancière des Trois Royaumes ! Rien que la lec-
ture suffirait à rebuter la patience du commun des critiques.
Songez qu'il n'est pas rare qu'une semaine empile sur la Library
table de Y Athenœum et de Y Academy une dizaine de romans. S'il
n'en arrive que deux ou trois, c'est un événement qui sans doute
n'est pas moins commenté dans le monde littéraire que ne le
serait à la Bourse la baisse des consolidés. Le 1" juillet dernier,
nos deux journaux en annonçaient huit. Nous voilà bien près de
la dizaine. Plus récemment il s'est produit un fait étrange, un fait
inouï, un fait unique, un fait sans précédent depuis un demi-
siècle, un fait que les Sévigné de Belgrave Square auront mandé,
stupéfaites, aux Grignan émerveillées de l'île de Wight : on
n'avait pas vu poindre à l'horizon l'ombre d'un seul roman
anglais. Mais cela ne pouvait pas durer, et quinze jours ne
s'étaient pas écoulés que la muse du roman, un instant endormie,
se réveillait plus alerte, plus féconde et plus impitoyable que
jamais. Quelles que soient les qualités et les réussites du génie
anglais dans ce genre littéraire qui n'a pas moins fait pour sa
gloire au xixc siècle que le libre échange et la politique de non-
intervention, chacun devine ce qu'il faut digérer d'essais informes,
médiocres ou nuls, insignifiants ou détestables, pour avoir la
chance de savourer, au moment où on s'y attend le moins, une
œuvre vraiment intéressante, dont il y ait plaisir à signaler et à
vanter les mérites. Les romanciers français, qui se plaignent par-
fois d'être sacrifiés dans la presse aux auteurs dramatiques,
admireront la critique anglaise, si attentive aux travaux de leurs
confrères d'outre-Manche, et regretteront que l'anglomanie se
borne en France aux choses du sport et à l'argot du turf.

Eh bien, cette tâche presque surhumaine, qui ne semble pos-
sible que pour qui porte au suprême degré du scrupule le senti-
ment du devoir professionnel, est accomplie par Y Academy et

Y Athenœum avec une telle régularité qu'il suffit de les suivre
dans leurs analyses pour se faire une idée exacte et complète de
l'histoire du roman anglais, de ses grandeurs et de ses déca-
dences, de ses variations successives : à commencer par le roman
historique à la Walter Scott, qui essaye encore par moments de
reprendre pied sur le sol où repose glorieusement le maître de ce
genre démodé, pour en arriver au roman d'observation humo-
ristique à la Dickens, puis au roman à sensation, dont la qualité
décline si la quantité est plus abondante que jamais, et qui déjà
fait place à un roman d'une physionomie toute nouvelle, le
roman tranquille relevé par l'emploi systématique des dialectes
provinciaux, ce qu'on pourrait appeler le roman particulariste et
patoisant de la vie intime.

Pour la science et pour l'art, même répartition, mêmes subdi-
visions que pour la littérature : monographies étudiées, cause-
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