L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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en précieux renseignements; ainsi, par exemple, son Guide de !
Padoue; d'une érudition si remarquable sans trace de pédantisme
et qui met en lumière avec autant de goût que de savoir tous les
trésors d'art de la vieille cité.

M. le marquis Pietro Selvatico n'est pas seulement passionné
pour l'antique Padoue, il veut évidemment qu'elle redevienne
par l'Art plus florissante qu'autrefois; de là ses intelligentes ob-
servations sur l'Arre nella Esposiiione di Padova del 1869. ob-
servations qui ont été suivies d'écrits où l'auteur s'applique sans
relâche à pousser ses compatriotes à la réforme et à la propa-
gande des arts du dessin.

Et qu'on ne s'y trompe pas, ces efforts persévérants et qui
grandissent sans cesse n'ont pas seulement l'architecture, la sculp-
ture, la peinture et la gravure pour objectifs, ils s'adressent aussi
et directement a l'industrie italienne, à qui on ne se lasse pas de

RT.

I répéter qu'elle doit plus que toute autre être une industrie d'art •
et, tout en la relançant fort et ferme, on a soin de lui démontrer
que, bien qu'il lui reste encore tant, pour ne pas dire tout à faire,

elle a déjà réalisé de notables. progrès, — ce qui est vrai,_

mais qui resteront sans valeur si elle ne saie en réaliser de plus
grands. Lisez le chapitre xvm du livre de M. Selvatico que
je signale spécialement aujourd'hui ; il est intitulé : i7 Disegno
elenïentare relativamente ail' avvenire degli alunni; vous resterez
convaincu que l'Italie aura très-probablement son South Ken-
smgton Muséum longtemps avant que la France, malgré tant
d'avertissements, ait su se donner cette admirable institution qui
a plus fait pour le progrès du Royaume-Uni que le génie de ses
plus grands politiques.

Paul Leroi.

LA DÉCORATION DES ÉD

M. Viollet-le-Duc, conseiller municipal de Paris, a présenté
un rapport au nom de la 5e commission du conseil (architecture
et beaux-arts) sur la répartition des travaux de peinture, sculp- .
ture et gravure, commandés par la ville de Paris. Ce rapport a
été adopté à l'unanimité. Il conclut à un partage plus égal entre
les édifices civils et les bâtiments religieux. Nous reproduisons
les parties les plus importantes de ce rapport :

» Relativement aux édifices civils, les églises sont très-riche-
ment dotées. Si cela devait avoir sur le progrès, sur le dévelop-
pement de l'art une influence heureuse, nous nous garderions de
'nous en plaindre. Les grands maîtres ont produit et peuvent
produire encore peut-être des œuvres excellentes au point de vue
de l'esthétique, indépendamment du choix des sujets et de la
place que leurs œuvres doivent occuper. Mais il faut bien
admettre que, par la force des choses, les sujets religieux, tant de
fois et si admirablement traités par ces maîtres, ne sont guère
aujourd'hui de nature à provoquer que des réminiscences plus
ou moins banales et ne sauraient éveiller, chez l'artiste, des idées
neuves et fertiles.

« Puis, il faut encore admettre que nos églises ne sont
point généralement disposées pour recevoir de la peinture. Ces
œuvres, assez mal éclairées, placées de façon à être vues obli-
quement, posées sur des murs sur lesquels la lumière se répartit
au rebours de l'effet désirable, sont à peine vues de quelques
amateurs ou amis des artistes qui s'acharnent à chercher le point
de vue convenable, s'il en est un. Bientôt couvertes de poussière,
chancies par l'humidité, elles ne présentent que des surfaces
tachées de couleurs passées et ne produisent sur l'œil du specta-
teur qu'une apparence incompréhensible.

« On peut admettre que sur mille personnes, à Paris, il en
est bien peu qui connaissent l'existence de ces œuvres d'art et
qui aient songé à les regarder; d'abord, parce qu'il est très-
difficile de les voir, puis parce que ces sujets, tant de fois
reproduits pour la plupart, ne disent rien pour elles, ne les
intéressent ni ne les émeuvent.

« Faudrait-il, de ce fait, tirer la conséquence que la popu-
lation parisienne est insensible aux productions d'art ? Ce serait
avancer une grave erreur. Il est peu de populations de grande
cité en Europe qui ait, au contraire, un goût aussi décidé pour
ces productions, et, comme preuve, il suffit de voir avec quel
empressement le peuple parisien se porte aux Expositions, aux
Musées et à toutes les exhibitions d'art, du moment que sa
curiosité, son goût pour les choses nouvelles, le choix des sujets
sollicitent son attention.

t Cette curiosité est malsaine, disent quelques-uns. Ce goût
est mauvais, soit. Mais ce n'est pas en couvrant certains édifices
d'oeuvres supposées excellentes, et que personne n'ira voir ou ne
peut voir, que l'on réformera ce goût, que l'on donnera à cette

IFICES PUBLICS DE PARIS

curiosité un tour plus sain. Cette sorte de protestation contre les
tendances du public ne saurait aboutir à un résultat; mieux vaut
le diriger dans la voie qu'il entend prendre que d'en ouvrir une
à côté et qu'on ne peut l'obliger à suivre.

« Nous pourrions en dire autant de la sculpture.

« Votre budget est rempli de commandes de statues pour
des églises. Ce sont toujours les mêmes sujets, mille fois repro-
duits, qui n'inspirent guère l'artiste et qui laissent le public
indifférent, sans lui enseigner rien de profitable, sans jamais faire
naître dans son esprit une idée nouvelle, le besoin de regarder et
d'étudier.

« La question peut se résumer en ceci :

3 Le chapitre du budget intitulé Travaux de sculpture, de
gravures en médailles et en taille-douce, et qui se chiffre par un
total de 200,000 francs pour 1875 et ^e 250,000 francs pour
1876, est-il établi pour les églises, pour satisfaire quelques
artistes ou pour le public?

« Si cette subvention est destinée à donner des commandes,
assez médiocrement payées d'ailleurs à un certain nombre d'ar-
tistes qui prennent un peu ces commandes comme un pis aller,
ou à des médiocrités qui ne pourraient vivre sans ce secours,
tenons-nous aux précédents errements ; mais si cette subvention
de 200,000 francs est destinée à donner au public le goût des
■ choses d'art, à relever les esprits par la contemplation et l'étude
d'œuvres qui le touchent, qui vivent de sa vie et soient de son
temps, qui lui enseignent quelque chose et développent son sen-
timent naturel pour les productions dues à l'art, il est évident
que, dans l'état présent, elle ne remplit pas son objet.

« Pourquoi, dans toutes les nouvelles mairies, où les murs à
décorer ne manquent pas, pourquoi, dans nos écoles même,
n'appelle-t-on pas des artistes en leur désignant des sujets pro-
pres à élever les esprits, retraçant des scènes de notre histoire
municipale ou des exemples faciles à saisir, des faits qui se gra-
veraient dans les esprits et y laisseraient une empreinte saine?

« Dans nos écoles, nos meilleurs artistes seraient heureux de
tracer des frises, ne fussent-elles que de simples silhouettes, qui
mettraient sans cesse sous les yeux des enfants des scènes de
famille, des fables et moralités faciles à comprendre et qui lais-
seraient certainement dans leur esprit une empreinte durable,
tant au point de vue de l'exemple présenté qu'au point de vue
du goût.

« Combien est-il de personnes, — nous ne parlons pas des
enfants, — qui comprennent, quand elles les regardent, la plu-
part des peintures mystiques dont on couvre les murs des églises?

» Pourquoi ne pas prévoir, pour le palais municipal de Paris,
dès à présent, une série de peintures et de sculptures sur ce budget
annuel des beaux-arts, qui prendraient leur place dans huit ou
dix ans?
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