L' art: revue hebdomadaire illustrée — 1.1875 (Teil 2)

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M. CORDIER

ET SON « CHRISTOPHE COLOMB »

une époque aussi hiérarchisée que la nôtre, où tout, jusqu'au ta-
lent, est décrété par voie administrative, où l'on ne peut être un
grand homme qu'à la condition d'avoir commencé par l'école du
gouvernement, et de suivre, étape par étape, la route académique
jusqu'au sanctuaire dont on fera partie un jour; à une époque, dis-je,
dont la devise semble être : hors de la ligne officielle pas de salut,
on est heureux de rencontrer une personnalité accentuée, un artiste
dont le talent s'est développé en dehors de toute pression, en un
mot, un artiste qui s'est fait lui-même ce qu'il est.

Ce sont ces considérations qui nous ont engagé, en tenant
compte, on le conçoit bien, de la valeur des œuvres de notre artiste, à écrire cet article. Il y a
toujours quelque chose d'instructif au fond de pareilles études. Un homme formé comme lui, émi-
nemment fils de ses œuvres, peut certainement se tromper, mais ne peut être ni médiocre ni banal.
Puisque l'on veut bien admettre que la médiocrité et la banalité sont les plaies de l'art, on devrait bien
reconnaître aussi la vérité de cet autre aphorisme, que le médiocre et le banal sont surtout fils du
convenvi et de l'officiel.

En Grèce et en Italie, au temps des maîtres de la Renaissance, l'art n'était pas aussi éloigné de
l'industrie que l'on paraît le croire communément, et le mot apprentissage, dans son sens le plus com-
mun, le plus nettement fixé par la coutume, peut s'appliquer bien plus justement aux commencements
des artistes de ces deux époques et de ces deux pays qu'aux débuts de ceux de notre temps. Aujour-
d'hui on n'est plus un apprenti, on est un élève ; on n'apprend plus, on étudie ; on croirait se désho-
norer en avouant que l'on sort de la boutique d'un orfèvre, s'appelât-il Verocchio, et l'on ne peut
décemment se former qu'à l'Ecole des Beaux-Arts. Le résultat de cette belle manière de comprendre
ce que certains critiques appellent avec emphase la dignité de l'art est que, comme nous le constatons
à chaque instant dans cette Revue, l'Ecole française, j'entends l'École reconnue par l'État et présentée
aux nations étrangères avec garantie du gouvernement, devient d'une médiocrité de plus en plus
déplorable.

Les débuts de M. Cordier ne tombent pas sous ces critiques. On peut dire de cet artiste qu'il s'est
complètement formé lui-même. Né à Cambrai, loin de toute école officielle, il a débuté dans cette car-
rière par la voie que semblent tant haïr nos jeunes commençants : le métier. Ses premiers travaux ont
été des sculptures d'ornement qu'il a exécutées dans les habitations de sa ville natale, de Lille et plus
tard de Paris. Ses heureuses dispositions attirèrent les regards, et son département, voulant lui per-
mettre de les développer, lui en fournit les moyens en lui votant une pension qui lui donna la liberté
d'entrer chez Rude. Ce fut dans le courant de l'année 1846 qu'il commença à travailler sous ce maître.
Au bout d'un an passé dans l'atelier de ce grand sculpteur dont il ne parle qu'avec admiration et
reconnaissance, M. Cordier l'abandonna pour se livrer à un genre d'étude qui l'attirait plus particu-
lièrement et auquel il a continué de consacrer son talent. Nous voulons parler de ses recherches
esthétiques et scientifiques sur les différentes races du globe. On peut dire qu'il est le premier qui se
soit lancé dans ce courant d'études qui touche en même temps à l'art et à l'anthropologie. Il faut croire
Tome II. 52
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