L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 2,1.1899/​1900

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FÉVRIER 1900

industriel. Mais elles sont à l'art décoratif
que l'avenir apportera ce que le mollusque est
au cheval bondissant, le lichen à l'arbre en
heurs. Leur uniformité, c'est la pâleur du malade
à coté de la joie de vivre de l'homme robuste.
C'est là-dessous que se cache la question
des fins de l'art. La difficulté n'est pas tant de
définir ce qu'est l'art que d'indiquer quel est
le plus haut art. Pour notre part, nous
croyons que si l'on donnait le choix à l'humanité
entre habiter une chambre tapissée de charges
morbides de Th. Heine ou une autre remplie
d'aquarelles superbes, c'est la seconde qu'elle
préférerait. Certes, les charges de Heine sont
de l'art, et de l'art fort. Mais la première
déprime, la seconde stimule; voilà la pierre
de touche.
L'artiste le plus haut, c'est celui qui apporte
à la vie le plus de force, le plus de joie, le
plus de vibration, celui de qui rayonne pour
tous le plus d'ardeur à vivre. La mission de
l'artiste, c'est de nous faire vivre d'une vie plus
intense, et de nous soustraire à l'anémie de
l'existence bourgeoise. Voilà la hn de l'art.
Oui, l'art a un but. Le soleil rayonne, et
MT? rayonner, autrement il ne serait rien de
plus qu'une scorie. Cette vérité, il faut la
proclamer, il faut la dire, l'écrire infatigablement,
la répéter sans cesse jusqu'à ce qu'elle aie porté
ses fruits.

FRANK BRANGWYN
Qomme tous les artistes doués d'une forte
individualité, M. Frank Brangwyn a des
opinions très arrêtées sur la pratique de son
art, des tendances très-marquées vers la réali-
sation de ses idéals et un point de vue à lui
propre.
Nous doutons cependant — car nous en
avons fait l'essai et échoué — qu'il puisse ex-
pliquer par la parole quelles sont ses visées,
et dire en peu ou beaucoup de mots pour
quels buts il s'efforce. Il n'est pas donné à
tout artiste d'être un Sir Joshua Reynolds, de
faire une conférence aussi bien qu'un tableau.
Il n'y a guère que les artistes de second ordre

qui sachent exposer les dogmes de leur foi
artistique ; le véritable artiste est ordinairement
muet sur ce sujet. Il pense par son medium,
et par son medium seulement. Il vous dira :
«Voilà mes toiles. Regardez-les. Examinez-les.
Si vous ne les comprenez pas, je n'y peux
rien. Ne vous expliquent-elles pas mes vues?
Ne vous disent-elles pas à quelle aventure
court mon navire, et vers quel port je fais
voile ? »
Il a raison, car l'art d'un artiste, si logique
qu'il soit, n'est pas question d'rz-FA c'est F
tésumé de son tempérament et la manifestation
de ses préférences. Cependant, en se retranchant
ainsi derrière son œuvre, il est sujet à oublier
que l'observateur aussi a ses prédilections et
ses sympathies. Heureux alors le critique qui
peut traduire exactement à ses lecteurs les
conceptions de l'artiste sans encourir les colères
de celui-ci!
De tous les peintres vivants, Ab Frank Brang-
wyn est peut-être celui dont l'œuvre est la
plus difficile à décrire. Elle est remarquablement
virile, va hardiment droit devant soi; mais en
même temps, telle est sa délicatesse, sa sub-
tilité, qu'elle échappe à qui veut la saisir non-
seulement la première fois, mais après une
étude prolongée.
C'est la conséquence d'un tempérament et
d'habitudes si particulières et si peu communes,
que nous ne nous rappelons aucune œuvre de
vivant ou de mort, aucun autre artiste moderne,
à l'exception peut-être de Segantini, qui semble
avoir été si peu influencé par scs prédécesseurs.
Nous disons «qui semble», car évidemment
chaque artiste a ses maîtres favoris.
AI. Brangwyn ne fait pas exception à la
règle, et ceux qui se contentent des bavardages
d'atelier qui tiennent si souvent lieu de critique
sérieuse ont vu leur curiosité largement satis-
faite dans une foule d'articles parus dans les
journaux et revues d'art. AI. Brangwyn a souffert
plus qu'aucun autre de la critique anecdotique,
pour deux raisons: d'abord à cause de l'appa-
rente difficulté d'expliquer son génie, ensuite
pareeque sa vie a été si accidentée, que les
écrivains n'ont pu résister à la tentation de
s'étendre sur ses aventures tout au long.
L'œuvre de M. Frank Brangwyn a été bien

L'ART DÉCORATIF. No. 17.

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