L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 2,2.1900

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^y-ssS)- L'ART DÉCORATIF -(gs^

exclusivement cette fois - ci à des aspects de
Paris. Le peintre idéaliste de la nature, des
marines et des paysages de Bretagne, devient
ici l'observateur de la grande ville et de sa vie
intense; et l'évolution vaut bien qu'on s'y arrête.
Savoir dégager dans ses oeuvres l'âme con-
fuse de Paris, voir la beauté un peu spéciale
et mélancolique de ses horizons, observer le
peuple qui y vit, et saisir parfois son côté
plastique, l'aventure a été tentée par beaucoup.
Combien peu y sont parvenus, et sont vraiment
comme les peintres de la vie moderne de nos
grandes cités! Parmi ceux là Rafftelli nous
apparait tout d'abord, vision précise et cruelle
parfois, Raffaelli le peintre des ouvriers, des
débardeurs, des chemineaux. Billote, lui, aime
surtout les paysages de banlieue, dont il ex-
prime si bien la mélancolique tristesse. Tout
récemment encore un aquarelliste, M. Houbron,
montrait en des oeuvres aussitôt acquises par
le Musée Carnavalet — et ce n'est que justice —
une compréhension infiniment subtile et brillante
de la Ville. Rivière Mi aussi se classe parmi
ces maîtres, dans ces nouvelles lithographies si
variées et si vécues.
Dans chacune d'elles l'artiste précise une
impression différente. Voici d'abord le
A'NzvArA'A. Des chalands sont arrêtés sur la
rive du fleuve, pendant que Notre Dame érige
sur un ciel fumeux et épais ses grandes tours
sombres; sur le bord du quai des hommes
alignent les sacs qu'ils viennent de débarquer.
Avec ces quelques éléments si simples, Rivière
est arrivé à constituer un ensemble des plus
impressionnants.
La note dominante de ces oeuvres, c'est leur
mélancolie profonde, et cela tout particulière-
ment dans l'/A et dans As- Ab?'V-
La première de ces lithographies est
aussi rudimentaire de décor qu'une estampe
japonaise. C'est une froide et grise journée de
dégel; les arbres dénudés, qui se profilent en
deux longues lignes monotones, répercutent
dans les Raques d'eau leurs grands squelettes
décharnés. Toute existence ici semble éteinte.
Deux pauvres femmes cheminent seules, chargées
de fardeaux, sur la neige pénétrante, et à
l'horizon la cheminée d'une usine crache vers
le ciel sa sombre fumée.

Autre vision presque identique: Av AMVz'-
maigres et tristes masures, sortant à
peine de la boue des terrains vagues, avec à
l'horizon, tel un grand fantôme, la silhouette
énorme du Sacré Cœur de Montmartre.
Dans presque toutes ses lithographies, Rivière
semble prendre plaisir à représenter la Seine
dans ses divers aspects, et l'art du coloriste
apparaît ici dans toute sa force; il excelle en
effet à donner la sensation de la transparence
ou de l'opacité des nappes d'eau, à indiquer
d'une ombre légère le siliage que chaque bateau
laisse derrière lui. Et là encore, dans le Pont
d'Austerlitz ou le Trocadero, combien il excelle
à faire naître en nous un état d'âme de la
simple et nette exposition des choses, car c'est
bien toujours ici le sombre et triste Heuve,
dont Verlaine a écrit:
cEt tu coules toujours, Seine, et, tout en rampant,
Tu trames dans Paris ton cours de vieux serpent,
De vieux serpent boueux emportant vers tes havres
Tes cargaisons de bois, de houille et de cadavres.!
M. Rivière affectionne également les journées
de neige, et à cet égard son TâtrA yzz tA AVf7*<?
est un chef d'œuvre. C'est ici une
véritable symphonie en un seul ton, comme
les toiles de Whistler, et où le peintre s'est
plu à rendre toute la blancheur (ou plutôt les
blancheurs, car ses tons sont infiniment nuancés)
de Paris épandu à ses pieds. Au premier plan
les clochetons de la cathédrale, sur lesquels la
neige s'est à peine posée, s'indiquent en arêtes
vives, tandis que tout près aussi deux oiseaux
marquent toute cette douce clarté de taches
sombres. Puis au delà de la Seine où glissent
les chalands couverts de neige, Paris s'étend
silencieux et triste sous son grand linceul.
Ces nouvelles lithographies marquent une
étape nouvelle dans la manière déjà si variée
et dans l'œuvre si fécond de Rivière.
HENRI FRANTZ

EXPOSITION UNIVERSELLE.
L'ART NOUVEAU BING
M. S. Bing, qui fut en France l'un des
promoteurs de la réforme de l'art dans l'objet,
et le premier à passer de l'idée à sa réalisation
pratique, a vu dans l'Exposition Universelle le

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