L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 2,2.1900

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EXP0S1T!0N D'OEUVRES
DÆDyAODOffARATfOA
AU CERCLE ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE DE BRUXELLES
LLE n'est pas assez connue à l'étranger, peut-
être même Je public belge d'aujourd'hui
J'ignore t-il trop, cette admirable école de
peintres qui précéda, en Belgique, la réaction néo-
impressionniste. Il y eutArton, Boulanger, Dubois,
le grand Théodore Baron dont l'Exposition pos
thume vient de consacrer la gloire; il y en eut
d'autres, moins afhrmatifs, mais si sincères, si
profondément pénétrés d'amour pour la douceur
riante de Tervuerenoula la sauvage mélancolie de
Genck, que leur œuvre en retint malgré tout une
évocative beauté.
Ce ne fut pas seulement une génération d'artistes,
mais aussi une génération d'hommes ; la plupart
furent des simples et des forts ; se sentant mal à
leur aise dans les villes, ils n'y vécurent guère, et
j'en sais encore dont la hère modestie se complaît
en une solitude laborieuse, — en un volontaire exil
vers les sites dont ils pénètrent, par les aubes et
les couchants, l'intimité quotidienne.
Baron est mort à l'automne dernier, dans sa re-
traite de Saint-Gervais, près Namur. Pendant les
années qu'il y passa, il poursuivit une direction
nouvelle, et voulut s'acheminer vers des notations
gaies, vers un coloris clair qu'il n'était pas dans sa
véritable nature de rechercher.
Sa dernière manière, donc, n'est pas la plus
heureuse : peut-être aussi n'aura-t-il pas trouvé
d'assez profondes sources d'inspiration dans la
banalité pittoresque de ces bords de la Meuse où
il s'était fixé.
Sa plus belle période, — environ de 1830 à 1880,
se marque par ses séjours en Ardenne, en Campine,
des passages dans l'Eiffel et la forêt de Fontai-
nebleau.
Les landes, les marais, les dunes, un chemin
dont les ornières s'encombrent de bruyères, tel est
le genre des sites révélés par les toiles qui dominent
cette exposition, celles qu'ont prêtées Mlle Anna
Boch, MM. Edmond Picard et Léon Lequine, et
qu'aucun titre particulier ne désigne au catalogue.
Baron atteint à la hauteur des plus grands
paysagistes, dans les évocations de sols arides, de
ciels ternes, d'eaux mortes.
Il comprend la nature rude et pauvre; dans ses
tableaux de l'Ardenne et de l'Eiffel, on a la sensa-
tion presque palpable du sol pierreux que recouvre
à peine une mince couche de terre, productrice
d'une végétation sèche et misérable ; cette
tristesse tragique des hauts plateaux ardennais, et
la mélancolie morne et douce de la Campine, Baron
mieux que tout autre en est le grave et patrial
interprète.
Exceptionnellement, cette même période de son

œuvre s'éclaire d'exodes vers des bois plus verts et
de fraîches eaux, comme en témoigne le beau
coin de rivière acquis par l'Etat belge en même
temps, qu'un admirable paysage de dunes; ces
deux tableaux, choisis avec discernement, suffiront
à eux seuls à faire honorer comme il convient la
mémoire de Baron.
J. DESFAGNES.

CHRONtQUE
T A FORMATION de petits groupes de peintres,
tenant chacun leur Salon annuel sans rompre
d'ailleurs avec l'une ou l'autre des deux
grandes Sociétés dont leurs membres continuent
de faire partie, et le succès que rencontrent ces
nouveaux petits Salons, est un fait caractéris-
tique; il montre combien l'art tient une place gran-
dissante dans la vie sociale. Jadis, les devoirs envers
l'art, tels que les comprend le code du bon ton,
se bornaient à une visite au Salon chaque année :
on en était quitte à bon compte. Aujourd'hui, il en
faut une douzaine. Et personne ne s'en plaint. Ces
petites réunions ont pris un caractère xia ;
la société de choix qui les fréquente s'y sent plus
entre soi que dans le tohu-bohu du grand Salon ;
puis la visite est vite faite: juste le temps pour
Madame de faire le tour d'une salle, de montrer un
chapeau,de rencontrerdeux amies et d'en a bêcher ..
une troisième. C'est une distraction, non un érein-
tement. Et comme, en définitive, cette atmosphère
de papotages intimes est encore plus favorable à
la contemplation des tableaux que le torticolis et
les kilomètres de piétinement du grand Salon, ce
sont les peintres qui y gagnent.
Donc, souhaitons la bienvenue à la c Société
Moderne des Beaux-Arts 2., qui vient de se fonder.
Un groupe de <r. jeunes ^, mais de jeunes tous
connus, plusieurs déjà illustres, quelques-uns adoptés
parla mode. Rien des cénacles conventuels, l'éclec-
tisme le plus... éclectique. Lëvy-Dhurmer, traduc-
teur des aspects de l'impénétrabilité féminine et
Granié, l'enlumineur, tous deux au Luxembourg,
l'un avec son admirable portrait de Rodenbach,
l'autre avec celui de Mlle Moreno, plus précieux
que l'or sur lequel il est peint, aux côtés d'Aubertin
dont les belles fresques consoleraient de la perte de
Puvis de Chavanes si de telles pertes s'oubliaient,
et de Victor Prouvé, nature de charme dont les
déiicieuxbijoux et médaillons nous ont tous captivés,
depuis quelques années, au point de faire tort à sa
peinture exquise. Puis, M. Lucien Monod, imagi-
nation délicate, d'une délicatesse puissante —es-
pèce rare — et coloriste ardent ; M. Georges de
Feure, autre peintre de femmes, chez celui-ci le
paradoxe féminin grandit aux proportions de
l'hallucination ; M. Iloubron, qui rend'avec la


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