L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 3,1.1900/​1901

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JANVIER I9ül

Oh! rencontrer soudain, sous l'entrelac des
La Dame aux gestes de langueur, [branches,
Qui s'en viendrait, selon le rythme de ses hanches,
Dolente et les mains sur son cœur;
Dolente, elle viendrait, pour qu'à jamais persiste
La douce image de son corps
Et de ses cheveux roux et de sa bouche triste
En d'inflétrissables décors;
Etle viendrait léguer à l'âme d'un poète
Son âme adorable et poser
Sur ma lèvre pieuse, en renversant la tête,
La détresse de son baiser.
M. Bonnencontre a reçu ce baiser et fixé
cette vision ; mais il s'est appliqué aussi à
célébrer la fête des saisons joyeuses. (( L'Été
prodigue les fleurs)), tel est le titre d'une autre
toile où les figures familières à notre artiste
s'ébattent dans un site verdoyant, sous un ciel
de fine turquoise, au milieu d'une mer odorante
de lis, de pavots, de pivoines, de roses-thé, de
roses rouges et de roses roses, de bleuets, de
liserons, de capucines, de campanules, de mar-


ié BONNENCONTRE ÉTUDE POUR -L'AUTOMNE..

guérites, de bouillons blancs. L'œuvre est fout
à fait plaisante. Si l'abus de la verticale donne
quelque gène à l'attitude des personnages, la
ligne des bois au lointain se développe avec
utie ampleur incomparable et la gamme entière
des couleurs chante dans les remous des florai-
sons. La symphonie s'élève à la fois douce et
vive. La variété des tons, comme le charme
décoratif de la scène devraient désigner ce pan-
neau aux directeurs des Gobelins. Voilà qui
prêterait au jeu des laines et des soies, aux
combinaisons, aux contrastes, aux dégradations
des teintes. Les autres ouvrages de M. Bonnen-
contre sont ainsi harmonisés, tantôt dans une
tonalité sourde et voilée, tantôt sur des notes
assez hautes, et deux tableaux actuellement
ébauchés montreront au prochain Salon de la
Société Nationale que leur auteur sait évoluer à
l'aise dans les registres les plus élevés. Des
femmes en robe jaune, parmi des hélianthes,
surprendront par la hardiesse et la sûreté des
accords.
En même temps que l'harmonie colorée,
ce qui charme et étonne chez M. Bonnen-
contre, c'est l'union paradoxale du dessin le
plus minutieux et de la plus ample composition,
le souci du détail porté presque à l'extrême
sans nuire cependant à la largeur de l'ensemble.
Il est curieux d'étudier cette alliance. M. Bon-
nencontre est d'abord un consciencieux, il pra-
tique ce que Jean-Dominique Ingres, un peu
solennellement peut-être, appelait la probité de
l'art. Élève de Gérôme, il a le culte de la forme,
de la forme rigoureusement écrite, du mou-
vement observé et fixé dans ses étapes succes-
sives. Lui qui pendant toute la journée apprend
à sa classe dejeunes hiles comment il convient
de serrer la silhouette d'une académie, il s'assied
chaque soir à son tour devant le modèle vivant
D'un crayon sûr, nerveux, volontaire, il suit la
ligne élégante des jambes, la courbe des
hanches épanouies, accompagne la cambrure
du buste, la douce rondeur des épaules, le
déploiement des bras flexibles. Il s'arrête aux
articulations, aux attaches des pieds et des
mains, qu'il explique dans leurs plans divers,
leurs contractions, leur délicat mécanisme. Il
apporte même scrupule à la reproduction du
vêtement, développe les longues sinuosités des
voiles, détaille les plis des tuniques avec une
netteté de graveur. Les arbres et les plantes
viennent se définir aussi sous son crayon,
accusant leur essence, leur famille, les carac-
tères de leur structure individuelle. Nous con-

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