L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 3,2.1901

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M A 1

L901


BOCQUET PLATEAU (ARGENT)

suivantlaquelle Fobjetn'est beau qu'à condition
d'être une émanation du sentiment individuel
de son auteur, sentiment qui ne peut être traduit
que par ia main même de celui qui i'éprouve.
L'absurdité de cette assertion, qui ne distingue
pas entre lMr/ et la pourrait être dé-
montrée par des raisonnements rigoureux.
Mais cela serait abstrait et ennuyeux; il vaut
mieux ia faire ressortir par un exemple.
Un artiste, qui travaille ie cuir, fait un
porte-monnaie en cette matière. Ses essais pa-
tients pour truquer le cuir et lui donner un
aspect qu'il croit, à raison ou à tort, plus inté-
ressant que l'aspect ordinaire ont demandé plu-
sieurs mois detravaii. La décoration, repoussée,
ou en gravure, ou autre, est 1e iruit d'années de
labeur consacrées à chercher et mettre au point
une torme graphique qui est la note propre
de notre artiste, son originalité. Cette bagatelle
se vendra cent francs; si sa vaieur ne devait se
mesurer qu'à la dépense de peine, de temps et
d'intehigence qu'il a faliu pour arriver à lui
faire voir le jour, ehe ies vaudrait, et au delà.
Or cet objet soutient-il la comparaison avec
un autre objet purement industriel, la petite
bourse en hnes maihes de hl d'or, qui coûte le
même prix?
Voyons, lequel des deux remplit le mieux
ie but, je ne parle pas du but utilitaire, mais du
but esthétique et représentatif? Cet objet qu'on

tire de sa poche pour i'y remettre aussitôt,
qu'on n'a pas le temps de contempler et que les
autres n'entrevoient qu'un instant, le voici sous
deux formes: ici, terne, sombre, raide, fait d'une
matière qui ne dit pas grand'chose, en un mot
sans rien d'immédiatement communicatif'; ià,
gai, briliant d'un doux éciat, ondoyant entre
ies doigts avec de jolies souplesses de corps
d'animai, montrant à l'instant même un
travaii admirabie où dix inventions géniales
sont résumées.
Lequei des deux, je ie demande à tous les
gens de bonne foi, donne, pendant les vmgt
secondes qu'on i'entrevoit, le pius de plaisir
sincère à son possesseur, et imprime 1e mieux
au spectateur 1e sentiment de !a richesse élé-

^ Ii se trouve que des porte-monnaie de M. Du-
frêne sont justement reproduits dans ce numéro.
Est-il besoin de dire que ia coïncidence est for-
tuite, et qu'en appuyant ma démonstration d'un
exenrple au hasard, l'idée ne m'est pas venue de
viser un artiste que je tiens en ia pius grande
estime ? G. M. J.


GUÉRIDON ALEX. CHARPENTtER

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