L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 3,2.1901

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JUILLET 1901

des molles ftoraisons croulantes, de i'herbe
soupie où frissonnent tous ies roses, tous les
mauves, tous les verts tendres, tous ies jaunes
iumineux d'avrii, tout i'or ëparpiiié du soleii
Puis, dans un paysage ocreux et vioiep lisière
de bois vers le crépuscule, d'autres hgures
apparaissent, ceiie-ci couchée parmi ies gazons
roux, ceiie-ià drapée d'un voiie bleuâtre,
inquiète du vent qui souffie, des rameaux qui se
dénudent, de ia déiaiiiance de la saison et de
i'heure. Des guirlandes fleuries, des motifs de
fruits et de feuiiies de marronnier encadrent
chacune des scènes qui, dans ieurs tonaiités
différentes, ia première vive et chantante, ia
seconde caime et assourdie, sont égaiement
aisées, harmonieuses et d'aiiure ornementaie.
Sans doute, on ne trouvera pas dans ies
panneaux de M. Brëmond cette rigueur iinéaire
qu'on rencontre chez nos néo-quattrocentistes.
Les contours n'y sont pas cernés, ies couleurs
n'y paraissent pas étalées en teintes plates
comme dans ies fresques des primitifs. Mais ii
est permis de concevoir ia décoration autrement
que ne l'ont fait Luini ou Botticeiii et de ne pas
s'enfermer dans une manière qui aussi bien n'est
plus imposée par des nécessités de métier. En
effet, nous ne peignons pas à présent sur du
plâtre fraîchement étendu et nous ne sommes
point les esctaves d'un procëdé assez ingrat.
Certes, Puvis de Chavannes a décorë dansia fa-



EDMOND BECKER (F. V. ÉDITEUR)
çon de ia ((fresque)) ies murs du Panthéon et sa
peinture seuie pouvait convenir aux proportions,
à i'ordonnance de l'édihce, aux grands souvenirs
qui l'habitent, à l'atmosphère épurée qu'on y
respire. Mais i'« Histoire de sainte Geneviève )),
si noble et si suave, d'une telie signihcation
moraie, d'un tei rayonnement mystique, est un
peu en dehors peut-être de notre génie français.
Nous ne sommes guère spécuiatifs, nous n'avons
point le goût de i'abstraction et nous ne conce-
vons qu'avec effort ce monde créé par le plus
grand des peintres spirituaiistes, ce monde
pareii au royaume des Idées dont parie Piaton,
où se meuvent des formes rythmiques et chastes,
aiiëgées de toute matière, étrangères à toute
contingence, plus réeiies que ia rèalité même et
plus vivantes que ia vie. A la bianche et im-
muabie lumière des régions élysëennes nous pré-
férons notre iumière terrestre, incertaine, iné-
gaie, souventobscurcie, mais qui se décompose
à chaque instant pour nous iaisser entrevoir ies
sept merveiiies du prisme. Une représentation
résoiument humaine, franchement concrète des
êtres et des choses, sans minutie de dessin tou-
tefois, avec mème un esprit de iarge synthèse,
avec ce parti-pris de iimpidité, de iègèreté dans
!a peinture, cette recherche d'enveioppe visibie,
d'atmosphère paipable indispensabies à ia déco-
ration des grandes surfaces, voiià ce que ré-
ciame notre goût national, ce que iui ont donnë
iq.3

EDMOND BECKER

(F. V. ÉDITEUR)
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