L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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OCTOBRE moi

Parfois ]e souvenir du Laboureur de Vir-
gile revient à sa mémoire, les chants du poète
iatin qui l'inspirèrent si heureusement en un
jour décisif résonnent à nouveau à l'oreille de
M. Patey, et c'est alors une œuvre de lumière
et de passion comme la médaille commémora-
tive du vingt-cinquième centenaire de la fonda-
tion de Marseille.
Un artiste aussi réfléchi devait être séduit
par le portrait et trouver un plaisir extrême à
scruter et à rendre le caractère des individus.
Et, de fait, M. Patey a signé une admirable
série d'effigies. Qu'il s'agisse de figures intimes
comme celles de Marie-Rose-Bonne Delaporte
et de Jacques-Jérôme-Xavier Patey, réunis en
une seule plaquette, ou de portraits officiels
comme ceux de Pasteur, du docteur Gleize,
enfin, du shah de Perse et de Ménélik, pour
lesquels il a gravé de belles monnaies.

Caractérisant le talent de M. Vernon,
M. Roger Marx a excellemment dit: « Vernon,
émule de Degeorge, captive et retient par la
spontanéité d'une inspiration souvent poétique,
parfois émue, toujours touchante. B '
Degeorge vécut durant une période
douloureuse, il assista au démembrement et au
déchirement de la patrie, sa vie intime ne fut
que mécomptes. Et si la large poésie qui était
en lui s'épandit néanmoins grandiosement en
toutes ses œuvres, cela n'alla pas sans mélan-
colie.
M. Frédéric Vernon appartient à une époque
moins troublée et plus heureuse. Aussi son
inspiration peut-elle se complaire sans entraves
aux œuvres de joie et de lumière.
Et M. Vernon sent la nature si belle qu'il
répugne à l'allégorie. 11 délaisse cette forme
surannée pour la vie vivante, de même qu'aux
divinités il préfère l'homme ou la femme d'au-
jourd'hui. Choix dangereux, surtout quand il
s'agit de la femme et de ses costumes. Mais
grâce à son sens délicat, M. Vernon sait utiliser
la toilette moderne de façon que jamais la petite
personne qui la porte n'ait à craindre de dater.
Ayant à exécuter une plaquette pour une
Société de photographes, le médailleur a crâ-
nement planté un appareil photographique au
milieu de son œuvre et placé une jeune hile
occupée à surveiller la pose. Avec quel art il a

' yraMpzfs Société
de Propagation des Livres d'art. Paris, 1897.

également groupé,, sur la plaquette d'inaugu-
ration du Palace Hôtel des Champs-Elysées, les
exotiques arrivant devant la Parisienne aimable,
en toilette de soirée, qui doit leur faire les hon-
neurs du lieu !
C'est simple, vrai, de bon goût. Cependant
comme ces deux œuvres étonneraient Bertrand
Andrieu, l'ingénieux graveur des médailles
exécutées à la gloire du règne de Napoléon !
Mais qu'on se garde, à cause de tels
exemples, de taxer M. Vernon de réalisme
intransigeant. Nul ne sait comme lui dans une
médaille, une plaquette, introduire la grâce. Je
dis la grâce et non la mièvrerie ou la préciosité.
N'est-ce pas cet artiste qui a conçu l'œuvre
charmante qui fut offerte à la reine Wilhelmine
sous forme de dé? Quel est l'homme qui n'a été
séduit par la quiétude extrême qui s'ëpandâit de
cette charmante création et rêvé de joies fami-
liales près de ces actives jeunes hiles dont
chaque point dans le linge hn semble marquer
une étape vers le but Hnal qui est d'aimer :
Courez à la ville, ayez de la toile.
Achetez du fil, achetez un dé.
(Victor Hugo.)

Quelque glorieux que soient les noms des
artistes que nous venons d'apprécier, la mé-
daille française contemporaine ne tire pas son
éclat de leurs seules œuvres. Combien d'autres
ont apporté une idée nouvelle ou une perfection
technique appréciable !
Si l'on prend même les vieux praticiens,
ceux qui avaient déjà un nom alors que les
Roty, les Dupuis, les Patey étaient encore à


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