L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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L'ART DECORATIF

d'être et sa première beauté. Pour i'amatcur
et pour l'artiste, pour tout esprit curieux de
formes vivantes ce sera toujours une joie de
contempler ces statuettes, si délicates et si
robustes, si précises et si franches à la fois,
dans leur discrète polychromie.
Je viens d'employer le terme de
c/?ro77?t'e. La chose constitue l'une des origi-
nalités de M. Théodore-Rivière. Elle est fort
ancienne cependant. Les Égyptiens peignaient
leurs figurines avec du minium; les Perses
les agrémentaient de métaux et de gemmes;
les Grecs, qu'on nous donne faussement pour
les fervents d'un idéal abstrait et sans couleur,
les Grecs réalisèrent la statuaire chryséléphan-
tine. Comme les tons de jaune, de vert et de
rouge, étendus sur la façade de leurs temples,
complétaient l'harmonie joyeuse du paysage,


DANSEUSE JAVANAISE

l'or et l'ivoire de leurs statues seyaient à la
richesse des sanctuaires. Phidias tailla de
gigantesques figures polychromes, entre autres
le ./MpAer et la Afnterve du Par-
thénon. Il ne reste rien de ces chefs-d'œuvre.
Mais, d'après les écrivains et les poètes,
Taine a fait de la Aft'ngrpg cette description
magnifique : « A ce moment les portes du
Parthénon pouvaient s'ouvrir et montrer,
parmi les offrandes, vases, couronnes, ar-
mures, carquois, masques d'argent, la colos-
sale effigie, la protectrice, la vierge, la victo-
rieuse, debout, immobile, sa lance appuyée
sur son épaule, son bouclier debout à son
côté, tenant dans la main droite une Victoire
d'or et d'ivoire, l'égide d'or sur sa poitrine,
un étroit casque d'or sur la tête, en grande
robe d'or de diverses teintes, son visage, ses
pieds, ses mains, ses bras se détachant sur
la splendeur des armes et des vêtements avec
la blancheur chaude et vivante de l'ivoire,
ses yeux clairs de pierre précieuse luisant
d'un éclat fixe dans le demi-jour de la cella
peinte. « Les potiers de Tanagra maquillèrent
délicieusement leurs statuettes, images sen-
sibles, alertes et familières d'où l'àme antique
s'exhale encore. Au moyen âge les saints et
les saintes en leurs niches, somptueusement
enluminés, achevèrent la diaprure intérieure
des églises.
Ensuite ce fut le règne de la matière mo-
nochrome, l'abdication de la couleur devant
la ligne, une convention qui permit sans
doute l'exaltation exclusive de la plastique,
l'éclosion d'œuvres infiniment sobres et pures,
dans la candeur de la pierre, dans la sévère
tonalité du bronze. On connaissait mal l'an-
tiquité, on se persuada que son culte exigeait
impérieusement cette contrainte. Ignorant
Tanagra, on tourna les yeux vers Paros,
vers les sommets du Pentélique, et les plus
belles statues jaillirent du marbre comme des
lys orgueilleux et froids. Après avoir créé les
divines figures de Racine : Phèdre, Andro-
maque, Iphigénie, Bérénice, puis les fades et
mornes héroïnes tragiques du XVIII" siècle
et du premier Empire, le Classicisme fut
banni des lettres par le Romantisme. A l'égard
de la matière au moins, il tyrannise encore
la sculpture. Pourtant les découvertes des
archéologues, la révélation de toute une
architecture, de toute une statuaire grecques,
unissant la couleur et la forme, ont suscité
quelques partisans à la polychromie.

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