L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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L'ART DECORATIF

représenter: c'est l'ivoire ordinairement pour
le visage et les mains; le bronze, le marbre,
l'onyx, pour les vêtements; pour les parures,
c'est l'argent, l'or, les pierreries. La logique
et le goût président toujours à de tels assem-
blages. L'œuvre augmente de caractère sans
rien perdre en unité. Car les figurines de
M. Théodore-Rivière ne ressemblent pas à
certaines inventions de maladroits imitateurs,
lourdes, bariolées, chargées d'ornements
comme des madones napolitaines ou des icônes
byzantines. L'artiste déteste ce clinquant,
cette équivoque verroterie; il apporte à ses
réalisations polychromes infiniment de dis-
crétion. Artisan de ses propres œuvres, il les
exécute avec l'intelligence la plus attentive.
Je ne crois pas qu'il ait manque de mesure
dans la moindre entreprise et si j'ai pu, lors


LA. VIERGE DE SUNNAM

des derniers Salons, blâmer la bigarrure de
la RrouletMe c'est qu'un incomparable
orfèvre avait répandu sur cette forme char-
mante l'excès de sa prestigieuse joaillerie.
M. Théodore-Rivière me pardonnera
sans doute de rappeler cette critique. Il ex-
cuserait moins volontiers une louange im-
modérée. D'ailleurs, je l'ai dit, les objets
qu'il exécute lui-même sont exquis d'à-pro.pos,
de tact, de raison solide et riante, comme
aussi bien de convenance décorative. Par
leurs petites dimensions, ses ligures s'accor-
dent admirablement avec l'exiguïté de nos
appartements modernes ; elles entrent dans
le chœur des choses familières ; leurs cou-
leurs chaudes et brillantes, leurs nuances
souples et délicates s'harmonisent aux ra-
mages des tapis, aux fleurs des rideaux, aux
coulées des grès, aux bibelots de laque et
d'or. Personne ne souhaite posséder les en-
combrantes, les insipides statues de la plu-
part de nos sculpteurs; tout homme de
goût désire au contraire, pour la joie de
son esprit et de ses yeux, au coin le plus
intime de sa demeure, l'une de ces fines
images où revivent avec tant d'intensité les
traits et l'âme des races exotiques.
Car M. Théodore-Rivière est un péné-
trant psychologue. Il a d'ailleurs modelé
d'ingénieux portraits, pleins d'aisance, d'es-
prit, de naturel. Ces portraits sont des por-
traits en pied et des statuettes encore. L'ar-
tiste considère très justement que tout est
significatif dans un individu, que l'aplomb
du corps, le geste des bras, la façon de
porter la poitrine et le ventre — tout, de-
puis le pli du gilet jusqu'à la cassure de la
bottine — concourent à l'expression, ré-
vèlent l'homme, ses pensées, son tempéra-
ment et ses mœurs. Il nous a présenté au
dernier Salon un ensemble de silhouettes
connues, sans raideur, sans pose d'aucune
sorte, et qui constituent la plus piquante
galerie contemporaine : Mistral, Roty, Pas-
teur, Perrin, Armand Silvestre, le docteur
Labbé. Il cache deux statuettes de M. Ma-
riani, dont l'une, avec le feutre et la pèle-
rine, est un chef-d'œuvre d'observation. Il
nous montrera bientôt, surpris dans leur
attitude familière, l'orfèvre Lalique et le
ministre Baudin. Il pourrait emprunter à
M. Adolphe Brisson le titre de l'un de ses
livres : Il déchiffre en effet
tous les masques, perce tous les airs ofh-

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