L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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L'ART DÉCORATIF

tisme. Il choisit pour ses variations un
thème qui iui setnbic amusant — et qui
l'est en effet.
Quoi qu'il en soit, M. de Feure, peintre,
est de ceux dont on attend en tout quelque
chose d'un peu déconcertant, et ceux qui ne
ic connaissent que par ses toiies peuvent
être surpris de le voir, chez lui, dans un
intérieur où tout respire lasagesse.lly a loin
de cet intérieur à ceux où l'onsecomplait,
sous prétexte de modernisme, à mille bizar-
reries dans la forme des meubles et de
l'architecture intérieure. Le maître de la
maison ne s'est pas cru tenu, pour faire
honneur à sa qualité d'apôtre de la renais-
sance des arts décoratifs — et l'un des plus
brillants — de chercher en tout midi à qua-
torze heures, comme on dit. Rien n'a moins
de;prétentions à étonner le spectateur que
ceg meubles formés — comme tous les bons
meubles — de cadres rectangulaires où les
panneaux s'enchâssent, et ccs sièges dans les-
quels on ne remarque d'abord rien de parti-
culier, précisément parce qu'ils sont bons et
commodes. N'étaient quelques détails de
sculpture, très, sobrement distribués, où la
puissante imagination de l'artiste a posé son
empreinte, on pourrait presque dire que ce
sont des meubles assez ordinaires; et je
crois qu'il est bon de le dire, car il ne faut
pas laisser passer d'occasions de combattre
l'idée qu'une foule de gens se sont faite du
modernisme dans les arts appliqués, c'est-
à-dire que le moderne doit être quelque
chose qui renverse toutes les habitudes. Il
n'y a pas de croyance qui retarde plus le
progrès que celle-là; elle a pour résultat de
dégoûter le public de toute innovation en ne
favorisant que les plus extravagantes. Oppo-
sons à ce fâcheux préjugé l'exemple offert
par les novateurs chez qui la folie du neuf
à tout prix n'obscurcit pas le talent, et
parmi ceux-ci, l'un des plus hardis, M. de
Feure.
Ici, la simplicité de forme des meubles
a son complément dans la division harmo-
nique des murs, qui se combine avec eux.
Les images rendant compte de ceci, il est
inutile de m'y étendre. En somme, lambris-
sage, cadres des portes, cheminée (inachevée
et momentanément masquée par une armoire-
étagère) forment un ensemble avec les
meubles; les uns complètent les autres. La
pièce étant très haute, comme tous les ate-

liers d'artistes, on a pris le parti d'établir la
ligne terminale des boiseries fixes à la hau-
teur du faite des grands meubles, et l'on a
évité la monotonie résultant de la suppres-
sion des accidents formés, habituellement,
par la saillie des meubles au-dessus du lam-
brissage en infléchissant cette ligne en ar-
cades très allongées.
On ne manquera pas de remarquer
l'extrême sobriété de la décoration murale
peinte sur le fond blanc des murs. Le sys-
tème décoratif, qu'on retrouve dans d'autres
parties de la demeure de M. de Feure, se
réduit à cerner soit le contour de chaque
pan de mur, soit même seulement sa base
ou son faite, par une mince ligne de couleur
de laquelle se détachent, aux angles et aux
points indiqués par quelque particularité de
la construction, de petites masses de feuilles
ou de fleurs très stylisées. Certes, personne
n'aurait pu plus facilement que M. de Feure
revêtir ccs murs d'une décoration plantu-
reuse; s'il ne l'a point fait, il est clair que
c'est parce qu'il y est opposé en principe.
Le cas de ce maître de la couleur dédaignant
— en apparence — d'user de ses ressources
est piquant; j'ai eu la curiosité de demander
à M. de Feure quelles sont ses idées là-dessus.
L'artiste dit qu'il faut avant tout que la dé-
coration ne trouble pas la forme architectu-
rale; pour cela, la première doit suivre la
seconde de près. Il admet qu'en réduisant
la couleur à une ligne trop grêle sur la plus
grande partie du périmètre, il exagère peut-
être le principe, et qu'à cet égard l'applica-
tion qu'il fait de celui-ci peut être améliorée.
Mais il veut que le nu cerné par la décoration
reste le plus grand possible: a Une surface
blanche régulière, par exemple une page de
livre, c'est beau «, ainsi s'exprime-t-il. Ceci
paraîtra singulier, mais je le comprends
très bien pour ma part, quoiqu'il me soit
difficile d'en définir la raison. Les Hollan-
dais, qui sont un peuple amoureux de la
couleur et dont l'école de peinture a pro-
duit tant de grands coloristes, aiment le
blanc; il n'est même pas impossible que leur
propreté proverbiale soit une nécessité ré-
sultant du fait que tout est blanc ou peint
en blanc chez eux : ils n'aiment pas le blanc
parce qu'ils sont propres, mais ils sont propres
parce qu'ils aiment le blanc. Or, M. de Feure
a le sang hollandais par l'un de ses ascen-
dants.

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