L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,1.1901/​1902

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facsimile
MARS 1902


est tel qu'il eût allégé,
stylisé les sujets les
plus lourds, Mut en
restant littéral et en
n'arrangeant pas. C'est
par un certainusage
du noir, d'un gris qui
lui est particulier et
n'emprunte rien à ceux
de Velasquez et de
Corot, par une certaine
accentuation magistrale
qu'il a évité l'imitation
du réel en en donnant
l'expression. Avant
d'être le portrait d'une
vulgaire verseuse de-
vant un comptoir, le
Æara'e.s'Ab/zeA'-Aerg'ère
est une magnifique
symphonie de tonalités
dorées, avec son fond
de glaces reflétant une
salle illuminée de giran-
doles, avec la nature-
morte puissante du
premier plan. La griffe
léonine du maître
peintre a passé par là.
Manet, comme l'ont
fait les Concourt,
comme devait plus A. HHNom
tard le faire définitive-
ment M. Paul Adam
en quelques-uns de ses premiers romans , a
saisi le côté décoratif des lieux de plaisir
modernes, leur éclatante facticité, M n'a
jamais négligé de s'en servir, étant instinctive-
ment fastueux. Il recherchait le caractère dans
le brillant, et n'était pas porté au pessimisme
dans le vrai. L'œuvre moderniste de Degas, au
contraire, s'est tenue volontairement dans le
gris, conçue par un esprit ironiste et amer, qui
s'est complu à donner de terribles documents
de laideur et de névrose, avec une froide
impartialité apparente, n'outrant pas jusqu'à
la caricature, mais au fond avec une préfé-
rence secrètement narquoise. Même dans sa
série de danseuses, où son goût de grand
coloriste, renonçant au gris, s'est satisfait en
réalisant d'admirables harmonies d'or et de
roses, il n'a pas manqué de peindre tel qu'il
est le corps de la danseuse contemporaine,
avec ses jambes fortes, ses épaules creuses

et son masque encanaillé par l'atmosphère
vicieuse des coulisses. Plus il précisait la
beauté symbolique de la danse, plus il en
isolait la laideur individuelle de l'être qui
en fait métier : sous la gaze lumineuse de
l'étre-Heur ou du papillon, il révélait «le
rat" cher aux vieux habitués, rappelait son
origine faubourienne, faisant preuve ainsi
d'une vision à la fois aussi cruellement dés-
enchantée que celle de M. Huysmans et aussi
idéaliste que celle de Mallarmé. Et c'est cette
dernière vision qui a prévalu dans les pay-
sages irréels, pures associations d'harmonies,
que M. Degas a peints en ces dernières
années. La peinture de ce maître est d'un
grand psychologue misanthrope.
Mais le réalisme de M. Renoir apparait
très différent du réalisme de M. Degas, et
même de celui de Manet. M. Degas s'inté-
resse à son époque en critique, mais il ne

JEUNE FILLE LISANT

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