L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,2.1902

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L'ART DÉCORATIF


ESCOULA (Goldscheider éd.) ANGELUS

celles de Voulût mimaient les danses de
Tanagra, les figurines-portraits de Vallgren
nous montraient le poète des légendes fin-
landaises fixant, d'une manière toujours subtile
et décorative, la plus exquise modernité, la
« Bacchante )> de Gardet cambrait son torse
harmonieux, les Bretons de Carabin s'a-
gitaient spirituellement, la « Jeunesse)) de
Dampt enlaçait ses deux vierges sveltes,
étroitement drapées, au fin visage, et le
prêtre de Théodore Rivière levait bien haut
l'ostensoir d'or.
Ce prêtre de Théodore Rivière, je le re-
vois debout sur le roc, résistant à la rafale
qui tord sa chasuble blanche, soutenant de
toute sa force exaltée le disque massif où
rayonne l'hostie. La figure est si pathétique,
le geste d'une si belle éloquence que l'on
devine le drame : la mer pousse depuis
l'horizon violâtre la meute hurlante de ses
vagues, une barque désemparée court vers
la côte et va tout à l'heure donner contre
les récifs. La population du bourg assiste,
impuissante, à l'agonie des naufragés. Mais
le vieux prêtre est allé revêtir ses vêtements
sacerdotaux, quérir aussi le Saint-Sacrement,
et les marins, au moment de périr, aper-
çoivent dans une rouge lueur le signe divin
qui domine la tempête ; ils saluent, devant

la mort, l'espoir de la vie éternelle. Vraiment
cette image est intensément évocatrice. Elle
crée autour d'elle une atmosphère d'orage.
Le vent et l'embrun restent aux plis de la
chasuble brodée.
Théodore Rivière, le sculpteur impec-
cable et passionné, dont j'étudiais l'œuvre
ici même il y a quelques mois, le chantre
de h O rient et des voluptés païennes, s'est
renouvelé par l'interprétation du sentiment
chrétien. Après l'inoubliable «Salammbô))
que les vertiges de la chair font glisser aux
bras du soldat barbare, après «Messaline
à Suburre )) écrasant le double fruit de sa
gorge contre la cuirasse d'un centurion,
après les femmes arabes, les petites courti-
sanes d'Alexandrie, fardées, couronnées de
roses, attendant le client d'amour sous les
inscriptions du mur céramique, après tant
de créatures palpitantes de désir, moites
encore des émois charnels, Théodore Rivière
dresse une ligure d'austérité et de foi. « Mo-


ESCOULA JEUNE FILLE AU LIERRE

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