L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 4,2.1902

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L'ART DÉCORATIF

Camille Lefèvre ne pouvait s'accommoder
des vieilles formules décoratives. Il rejeta la
défroque classique, la cuirasse et le casque,
le péplum et le cothurne. Quand, par hasard,
on lui interdit pour ses oeuvres l'usage du
costume d'aujourd'hui, plutôt que d'exhiber
les anciens oripeaux, il arbora la simple
nudité qui n'a point de date, qui demeure
toujours neuve et troublante merveille. Aussi,
devant le péristyle du Grand Palais, afin de
personnifier «la peinture)), dressa-t-il une
femme à la chair abondante, caressée de
lumières blondes, d'ombres fondues, tenant
mm palette à la main. L'allégorie, certes,
n'avait rien d'académique, c'était un bel être
robuste, une créature de Rubens, c'était la
joie de peindre — et de poser nue — dans
le plein air et la clarté. Mais Camille
Lefèvre eut, dès le commencement, le souci
du drapé moderne, ce que le sculpteur Millet,
son professeur, appelait, avec un mépris
indicible, son goût pour « le torchon )). A
l'exemple de Constantin Meunier, statuaire
magnifique de la misère sociale, il glorifia
la blouse du prolétaire. Et le type féminin,


élu par lui pour
personnifier son
idéal, il le vêtit
du long sarreau
flottant. Ilavait
surpris l'ou-
vrièreparisienne
dans ce costume
de travail. Il
avait admiré
comme les plis
de l'étoffe accu-
saient la jeunesse
vivace du corps,
le mouvement de
la taille, le gon-
Aemcnt de la
poitrine et des
hanches. Il avait
aimé l'accord de
l'humble mise
avec le caractère
du visage, le
nez mobile, le fin menton, la gravité des yeux
corrigée par la riante douceur des lèvres, le
front lisse et fermement construit sous le
clair bouffant des cheveux. Ainsi vêtue, l'en-
fant laborieuse lui semblait tout à fait elle-
même. Elle s'appelait «Louise)) ou «Florise
Bonheur'). Esprit averti, cœur loyal, trop
tendre parfois, c'était la grâce de Paris et sa
Muse. Alors, dédaignant les grandes dames
mythologiques, les Junon, les Minerve, les
Cérès et leur corne d'abondance, Camille
Lefèvre déposa ses rêves humanitaires dans
le tablier d'une brunisseuse.
La brunisseuse les emporta, ces rêves,
aux plis de son tablier, parmi des outils et
des fleurs. Dans le haut relief destiné à la
mairie d'Issy, paru au Salon de iqoi, elle
s'avance, retenant de la main droite le mar-
teau, les tenailles, les épis, les bleuets, re-
cevant de l'autre une branche d'olivier. Car,
derrière elle, trois figures féminines, 178$,
i83o et i8q8, nouent une chaîne de gloire
et lui passent le symbolique rameau. Elle
est le dernier chaînon ; elle va continuer le
rythme, poursuivre dans la paix l'œuvre
commencée dans l'orage. « La Tradition ré-
publicaine ", cette chose est belle par la
noblesse de l'idée et la sûreté de 1 ordon-
nance ; belle surtout par la figure de l'enfant,
grave, douce, fervente qui annonce les temps
fraternels. Cette fine muse plébéienne, nous
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