L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,1.1903

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L'ART DECORATIF

Chéret est, de notre temps, le seul
homme qui nous ait apporté l'exemple de
la joie et qui se soit créé un monde tout
de rêves, non point par un sursaut passager
de son imagination, mais durant toute une
vie. C'est dire quel étonnant effort d'élimi-
nation i! lui a faliu faire pour, voyant la
vie qui lui fut plus dure qu'à bien d'autres,
n'en exprimer que cela. Au reste, il ne l'eût
point fait malgré la volonté la plus obstinée,
s'il n'en avait eu la faculté native et l'incli-
nation.

Je ne parlerai meme point de ses affi-
ches. Tout le monde sait comment il les
créa, ce qu'elles sont, l'effet que produisit
leur apparition : cela a été dit et redit, et
la dette de joie dont nos yeux sont rede-
vables à ce grand artiste est une dette pu-
blique aujourd'hui. Mais les dessins de
Chéret sont moins connus, ses grandes œu-
vres décoratives ne datent que de quelques
années, et n'ont paru au Salon, partielle-
ment, qu'en ipoa. C'est là qu'il faut cher-
cher le secret de sa pensée, là que s'ouvre à
l'analyse une route nouvelle.
L'étonnement général, ou du moins du
plus grand nombre, car les artistes avaient
su de suite à quoi s'en tenir, a été de voir
l'affichiste prestigieux se révéler soudaine-
ment un pastelliste de premier ordre ; un
second étonnement fut l'éclosion d'un tem-
pérament de grand décorateur en cet homme
qui jusqu'alors se bornait au petit cadre ou
à la feuille de papier; un troisième degré a
été prétexté par la communication au public
d'une série de ces sanguines qui démon-
traient si lumineusement la filiation de cet
impressionniste à Watteau, à Boucher, a
Fragonard. Et cependant tout cela était
contenu logiquement dans la première af-
fiche. L'unité



du talent et
de l'évolution
de ce fantai-
siste était ab-
solue, introu-
blée: c'était le
résultat d'une
étonnante con-
tention inté-
rieure, d'une
volonté qui
avait su main-
tenir son pa-


rallélisme rigoureux à ses facultés d'ex-
pression, qui avait su tout ce quelle
pouvait faire et bavait fait pleinement sans
s'égarer. Chéret fut tout lui-même, en puis-
sance, dans ses plus anciens croquis. Et
dès la première heure il posséda l'instinct
de l'expression de la joie, de cette joie éper-
due qui volète au-dessus de la lutte vitale
et qui s'élance avec les soubresauts de la
flamme vers l'inaccessible région du bonheur.
Cette joie nous émeut, elle nous donne

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