L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,1.1903

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L'ART DECORATIF

clarté. A un art semblable jamais les Alle-
mands n'ont su ni ne sauraient atteindre.
L'art anglais trop solide en est très loin
aussi. Je ne le retrouve qu'en France, et

en Suède aujourd'hui, depuis quelque temps,
à Rostrand.
J'arrive aux figurations plastiques, si
remarquables elles-mêmes. On connaît toute
cette faune de la Manufacture, poissons,
crapauds, oursins, chauves-souris, sauterelles,
libellules, toutes les œuvres de M*'e Petersen,
de MM. Nielsen, Thomsen, Madsen et Liis-
berg. Chacun a pu et peut admirer à Paris,
dans leur grâce et leur souplesse félines, ces
chats blancs, du blanc merveilleux des Manu-
factures danoises, surtout ces chats allongés
et rampant, comme des tigres à l'affût.
Un artiste de grand talent estM. Madsen,
qui, tout jeune (il a 22 ans), est un ancien
pêcheur du Jutland. Il vient de faire un
beau lion de mer. Il y a un hippopotame
rose et gris de la Princesse Marie. Remar-
quables ta petite figure de M. Locher, « le
Chagrin H, et ses petits singes; et de M. Krog
cette pendule K le Temps nous dévore B :
une vieille sorcière, avec des dents qui
pointent d'une mâchoire affreuse, est ac-
croupie tenant le cadran dans ses jambes;

à ses pieds, symbole d'éternité, le scarabée
d'Egypte.
M"e Nathanielsen, en un relief très fin
et en blanc sur blanc, a modelé «la Jeu-
nesse, et la Vieillesse B, à la face
ridée.
Parmi les nouveautés, je vois
un vase qui est toute une sym-
phonie de couleurs comme incon-
nues encore, une symphonie de
verts, de bleus tachés de rose, de
bleus rayés de jaune, de bleus
qui en décroissant passent au
vert, de bleus et de verts de
nacre, vraiment miraculeux; je
vois des vases aussi en craquelé
blanc.
La Manufacture compte en ce
moment parmi ses artistes plus
de femmes que d'hommes. Des
fenêtres j'aperçois un fezzzzA et un
jardin zoologique et botanique,
attenant à la manufacture, fezzzzA
et jardin à leur disposition.
On sait que la Manufacture
de Bing et Grôndahl, avec une
technique et des qualités d'art qui
ne sont pas inférieures à celles
de la Manufacture royale, a su
cependant se distinguer d'elle par
l'importance qu'elle a donnée dès l'abord à
la décoration plastique. Le modelé y est
en faveur, il semble, plus que la peinture.
Tandis qu'à la Manufacture royale les colo-
rations sont le plus souvent très discrètes,
les tonalités très fines, comme en Dane-
mark celles de la nature même, ici l'on
se plaît aux contrastes parfois violents
des oxydes sombres par exemple ou d'é-
maux vivement colorés, tels que le splen-
dide émail bleu de cobalt dû au chimiste
de la maison, M. Hallin. M. Willumsen,
qui fut son directeur artistique, semblait vou-
loir donner à la porcelaine, à cette substance
délicate, comme féminine, les solidités,
les vigueurs du grès ou de la faïence.
L'art qu'il préféra est volontiers sévère, mâle,
robuste. On connaît ses urnes cinéraires. Il
aimait les intentions, les idées symboliques.
Il inclinait vers l'art égyptien, assyrien,
plus que vers celui de l'Extrême-Orient.
C'est cependant à l'imitation des Chinois et
des Japonais que la maison Bing use volon-
tiers de ces tonalités bronzées, sombres,


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