L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 5,2.1903

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L'ART MUSULMAN

discrets, soit aux médaiiions où ie ciseleur
a gravé largement des scènes de chasse, des
concerts de musique, des signes du Zodiaque,
voire même des sujets chrétiens empruntés
à des miniatures byzantines; et ce n'est pas
sans doute un objet médiocrement curieux,
en dehors de sa valeur artistique, que la
grande vasque de S. A. S. le duc d'Arenberg,
où, à côté des merveilleuses arabesques du
fond, des inscriptions à la louange du sultan
de Damas Melek el Saleh voisi-
nent avec des scènes figurant la
Attife et? Agypù? ou la Aréxettfu-
ft'ot? ntt Aetttp/e. L'intérêt de ce
rapprochement , nous le recon-
naissons, est plutôt archéologique,
mais à toutes ces pièces les ar-
tistes, autant que les archéologues,
pouvaient prendre leur plaisir, et
les ouvriers d'art aussi, curieux
de techniques nouvelles et dési-
reux d'appliquer à nos décors
d'aujourd'hui les procédés dispa-
rus des maitres d'autrefois.
Les verreries, les ivoires, les
cuirs pouvaient leur réserver les
mêmes surprises. Pour les verre-
ries, il faut bien l'admettre, elles
ont été étudiées dès longtemps avec
soin ; elles l'ont même été jadis,
et le sont encore maintenant, avec
une minutie parfois regrettable,
car les faussaires sont arrivés à
les imiter avec une incroyable per-
fection: il faut un œil singulière-
ment exercé pour distinguer les
bonnes pièces des mauvaises, et quelques-unes
des plus illustres, de celles dont leurs proprié-
taires s'enorgueillissent le plus et qui leur ont
coûté le plus cher, ne résisteraient peut-être
pas à une critique sérieuse. Heureusement,
d'autres que les contrefacteurs ont étudié ces
verreries, lampes, bassins et vases aux longs
cols où, sur la transparence de la matière ver-
dâtre, se détachent en émaux bleus ou rouges
les rinceaux, les inscriptions et les médaillons
traditionnels, et dès maintenant l'on peut
dire l'heureuse influence qu'elles ont eue.
Ceux qui ont suivi le maître verrier Emile
Gallé depuis sa jeunesse peuvent se souve-
nir d'un moment de sa carrière, peu après
ses débuts, où, pour se perfectionner dans
son métier, il s'inspira de la verrerie mu-
sulmane et ht des pièces qu'on eût dites

copiées sur des vases orientaux; elles ne
l'étaient point en vérité, et il y mettait tou-
jours sa pointe de fantaisie personnelle,
mais il ne paraît pas douteux que l'étude
des émaux de ses vieux ancêtres de Syrie
ou d'Egypte l'ait beaucoup assuré dans la
pratique de son art, et peut-être, sans ces
exercices quelque peu scolaires, n'eût-il pu
réaliser, en dépassant de beaucoup ses maî-
tres, les chefs-d'œuvre qu'il nous a donnés.

Et c'est un cas que les ivoiriers d'au-
jourd'hui devraient bien méditer, à la suite
de leurs collègues les verriers. Assurément,
nous ne songeons point à médire de l'ex-
position de l'ivoire ouverte récemment au
Palais Galliéra ; des œuvres excellentes y
ont été produites et des artistes de valeur
s'y sont révélés : il est permis de se deman-
der toutefois si beaucoup, au lieu de suivre
les errements de leurs prédécesseurs du
XVIL siècle, des Dieppois notamment, et
de se plaire à l'inhniment petit, à la diffi-
culté vaincue, n'auraient pas avantage à
s'adresser à l'art oriental, sans compter celui
du moyen âge qui pourrait leur fournir de
si glorieux exemples, et si les arabesques
de certains coffrets, consciencieusement mé-
ditées, ne seraient pas pour leur enseigner



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