L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,1.1904

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L'ART DÉCORATIF

la brise en plein azur, yoles cambrées comme
des femmes et femmes effilées comme des
yoles, blancheurs miroitantes sur de légères
eaux bleues, sur le vernis beige des ponts
et des bordages, agrès et cuivres, et sur tout
cela le soleil qui chante, irise, fait très
nettes les ombres jaspées. Ces thèmes ra-


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vissent M. Helleu, sa fantaisie nerveuse y
contente son rêve de svelte élégance, son
goût d'harmonies en deux ou trois tons, son
amour des blancs sur blancs, tantôt échauffés
d'un peu de chrome, tantôt laiteux jusqu'au
bleuâtre et avoisinant le mauve. Peinture qui
évoque Manet par sa franchise ample, par
la hardiesse des contrastes, l'élan des sil-
houettes, la netteté des ombres sans demi-
teintes, et qui évoque aussi Degas par la
distinction un peu sèche, la minceur, le
souci d'être juste sans appuyer trop, l'allure

de notation brève, d'esquisse surprise et
enlevée ; mais peinture, aussi, qui est bien
de M. Helleu par une féminité spéciale, un
rien de langueur, de morbidesse dans les
attitudes, et une tristesse indéfinissable, la
tristesse des choses très blanches, très claires
et très strictes, la tristesse des joies conve-
nues, des luxes, des arrange-
ments de la vie mondaine.
Cette tristesse, M. Helleu
la porte-t-il en lui-même?
Peut-être. La voit-il dans
ce monde qu'il peint? Peut-
être aussi, sans le dire. Pour
moi, je l'y ai sentie, et je
la retrouve intensément dans
ce qu'il fait. Rien n'est mé-
lancolique comme la facti-
cité d'un décor, et la vie que
peint M. Helleu est un décor.
Des sentiments vrais de ces
êtres captivés par une exis-
tence où rien n'est laissé au
hasard savoureux et libre,
où tout est prévu — car rien
n'est surchargé d'obligations
comme l'oisiveté — des sen-
timents vrais de ces êtres,
aucun n'a le droit de trans-
paraître, aucun n'en a le
temps, parce que, dans le
programme d'une telle vie,
cette révélation n'a pas été
calculée. De là, pour qui
observe, une tristesse qui
ne ressemble à aucune autre.
M. Paul Hervieu l'a magis-
tralement étudiée dansV^efyz/x
pur Elle s'aug-
mente encore de cette net-
teté jolie et froide de l'art
nouveau et de la vie de
tout n'est que correction,
rien n'est calme et volupté, le langage,
l'ironie, les attitudes, l'anglomanie; tout
s'accorde, les costumes et les lignes, pour
glacer l'àme, tout, en un mot, est l'élégance
mondaine, la représentation, l'émulation des
maniérismes se jalousant sous les sourires.
M. Helleu dit tout cela, il me fait souvent
songer à M. Hervieu. Il est plus artiste mais
non plus perspicace : sans doute ils pensent
de même — et c'est pour cela qu'à bord de
son yacht, en peignant des scènes de régates

yachting ; là

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