L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,1.1904

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L'ART DÉCORATIF

temps où l'imitation sévit à outrance, où l'on
ne peut pénétrer dans une exposition sans se
trouver en face des plagiats les plus éhontés...


Si, pour parler d'un artiste, pour essayer
de l'apprécier sainement, il était nécessaire
d'être familiarisé avec lui, d'avoir vécu de
sa vie, nous aurions certes mauvaise grâce

à juger M. Biéler que nous ne connaissons
que par les mérites de son œuvre. Tout au
plus savons-nous de l'homme qu'il habite
généralement Savièse, petit village du Valais
qui domine cette sauvage et tragique vallée
du Rhône, dans un isolement volontaire où
pénètrent seules quelques amitiés choisies,
solitude essentiellement favorable au déve-
loppement sans entrave de la personnalité.
Ici, en effet, parmi les horizons magni-
fiques de l'Alpe, l'artiste, oublieux des villes,
peut écouter la seule voix de la nature, au
milieu de laquelle, comme l'a si bien écrit
Taine, « les idées de commerce et d'argent
tombent comme un vêtement sale. H
Les premières neiges venues, le peintre
quitte sa tour d'ivoire, et vient habiter Vevey,
ce Vevey si cher à Jean-Jacques qu'il écri-
vait dans ses Confessions : « Je pris pour
cette ville un amour qui m'a suivi dans tous
mes voyages, et qui m'a fait établir enfin
les héros de mon roman. Je dirais volontiers
à ceux qui ont du goût et qui sont sensibles :
Allez à Vevey, visitez le pays, examinez les
sites, promenez-vous sur le lac, et dites si
la nature n'a pas fait ce beau pays pour
une Julie, pour une Claire et pour un Saint-
Preux. H Que d'esprits délicats ont précédé
ici M. Biéler, et combien l'on a du plaisir
à le «situera parmi ces horizons! Aussi
bien d'autres ombres surgissent dont ces rives
perpétuent le souvenir. N'est-ce point ici que
Bvron et Shelley demeurèrent en 1816, que
Bvron lut à ses amis son Ghilde Harold,
que Shelley composa son Hymne à la Beauté
intellectuelle ?
N'est-ce pas durant leur promenade à
Vevey que le sensible poète parle de « ces
larmes de mélancolique émotion qu'il eût
été si doux de laisser couler sans mesure,
jusqu'à ce que les ombres de la nuit eus-
sent englouti les objets qui les excitaient. "
De Vevey le voyageur aperçoit les vertes
terrasses où pensa Gibbon, et non loin de là
c'est Ferney où vécut Voltaire; telles sont
quelques-unes des ombres que l'on se plaira
à évoquer sur ces rives, et les ruskiniens
se souviendront tout particulièrement de
l'amour que l'auteur des Aepf Lumpex afe
/'Arc/zz'fecfnre avait pour le lac et des char-
mants dessins qu'il y a exécutés.
M. Biéler est de ceux que leur œuvre
reflète tout entiers. Il nous y apparaît
tout d'abord comme un peintre très doué,

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