L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,1.1904

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L'ART DECORATIF


Ce/gne ^:èc/e^

Ce n'est pas certes que nous songions
à rabaisser les gardes de ia période des
Ashikaga. Le XV" siècie japonais fut une
période d'éclat et de somptuosité extraordi-
naire sous le règne des grands -SVzogYum.?,
des tout-puissants maires du palais ; ils ai-
maient le luxe et le poussèrent, eux et
leurs successeurs, à ses extrêmes limites. La
paix était complète et les armes n'étaient
plus que de parade; aussi la beauté et le Uni
du travail l'emportèrent-ils de beaucoup sur
la force. Ce sont toujours les mêmes motifs
qui reparaissent, ces motifs inventés par les
grands créateurs des XIII" et XIV" siècles,
mais avec des grâces que les rudes forgerons
d'autrefois n'avaient pas connues. Nous re-
produisons plusieurs de ces pièces des XV"
et XVI" siècles, et l'on peut juger de l'habi-
leté avec laquelle les ouvriers ont tiré parti
du décor traditionnel et l'ont transformé.
Voici un thème connu, celui des deux hérons
dont les ailes éployées forment le bord de
la garde, tandis que leurs deux cous sem-
blent entourer la lame; là ce sont des grappes
de glycines qui s'entrelacent, ou des coquil-
lages reliés les uns aux autres par des algues
ténues et comme pris dans la plus légère

des dentelles de fer; dans une
autre pièce, des araignées pres-
sées les unes contre les autres
tissent leur toile, des mille-
pieds courent, ou volent des
libellules et des papillons, non
pas d'un dessin abrégé et pres-
que schématique comme jadis,
mais minutieusement copiés et
sans craindre que l'imitation
trop exacte dessèche la fantai-
sie. L'imagination est infinie
et l'art prodigieux : souvent,
dans les gardes dites
où des dragons de style chinois
s'affrontent au milieu de rinceaux, on se de-
mande comment, avec quel outil ténu le
ciseleur a réussi à découper son fer, à en re-
croiser les fils les uns sur les autres, l'évidant
tout à jour, et gardant toujours avec tant de
souplesse toute la force de cette belle matière.
Mais le moment devait venir où le fer
ne suffirait plus au luxe des guerriers de
cour et où il leur faudrait des métaux plus
précieux. Dès longtemps on avait tenté des
incrustations de cuivre dans le fer, et les
plus vieux forgerons avaient tiré de ces mé-
langes des effets d'une puissance singulière ;
certaines écoles reprirent cette tradition,
d'autres préférèrent l'argent et l'or, d'autres
imaginèrent des émaux, parfois opaques et
parfois translucides, qu'ils appliquèrent sur
le fer, et ils firent ainsi des chefs-d'œuvre de
grâce et d'une tonalité exquise, assez vigou-
reux encore dans leur art pour éviter pres-
que toujours la mièvrerie. C'est avec le
XVII" siècle et le XVIII" qu'elle apparaît :
mais elle est, chez ces Japonais, si ingénieuse
et si charmante, qu'on aurait mauvaise grâce
vraiment à se montrer sévère. La garde se
transforme en un bijou. Le style se rétrécit,
naturaliste toujours, mais de plus en plus


: 10

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