L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,1.1904

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X 7oiLA un artiste qui ne se prodigue pas.
y Tout au pius, voit-on chaque année
quelques toiles de lui au Salon de la Société
Nationale. Il y a déjà assez longtemps, il
groupa quelques œuvres chez Hes-
sèle ; il recommence maintenant chez
Durand-Ruel, et c'est tout. Il ne figure
à aucun Cercle, à aucun Salonnet d'au-
tomne, d'hiver ou de printemps. Il
produit peu, travaille lentement, attend
pour laisser sortir une œuvre qu'il en
ait éprouvé lui-même la qualité, c'est-
à-dire qu'il en ait détaché ses yeux et
sa main pour quelque temps, qu'il l'ait
laissé reposer, comme un vin qui doit
se dépouiller et s'affiner de lui-même.
Le souci de la mufiére occupe en
effet M. Louis Braquaval, et il ne peut
en être autrement si l'on veut assurer
à sa production une valeur durable.
Or, la peinture se modifie; le pigment
étendu sous le vernis et qui s'assimile
avec lui s'écarte avec le temps de la
valeur primitive que lui a donnée l'ar-
tiste. D'autres altérations et combinai-
sons proviennent de l'effet des couleurs
mélangées ou superposées. Quand un
tableau est peint, on peut dire qu'il
n'est pas terminé, mais qu'il commence;
toute une vie chimique se détermine à
travers sa substance, qui peut le con-
duire soit à la désorganisation complète
des parties, soit au contraire à une
sorte d'harmonisation indissoluble et
de cohésion plus grande, à une sorte
de pétrification de l'œuvre magnifiée.
Bien des œuvres des maîtres anciens
n'ont ainsi reçu leur parfait accomplis-
sement qu'avec le temps, et les noms
seraient trop aisés à citer. En faut-il

conclure que la beauté de l'œuvre doit être
en partie attribuée à un bonheur fortuit,
et que le mérite de l'artiste en déchoit


LOUIS
BRAQUAVAL

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