L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,2.1904

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L'ART DECORATIF

ùc Rozzczcazz/Ç dont les miniatures ont le
charme des peintures persanes, la Rz'^/g
zztoz^/Nég, dont Burne-Jones semble s'être
inspiré, le Lz'img zfg /u C/z^AAg ùc C<^Afozz
R/zœ^zzA, le Lzime zfgA C/czœA yhzztztzgA, les
œuvres de Christine de Pisan, où la docte
personne est pourtraicturée dans son cabinet
de travail, le parfait Rz'éizzuz'zœ ùe /'AgVzAg
ùe Xu/zA^zzz*^, les Lfczzz*6A ùe /ùmz'z'u/ Rzz^gzzf
ùc Cocfz'ur, où une délicieuse Vierge assise
sur le gazon jouit des accords d'un concert
séraphique, les TVczzz'gA ùe LozzL ùzzc ùe
Xuuoz'g(iq55).
Nous sommes alors à l'apogée de l'art
des miniaturistes. Les formules décoratives
et symboliques du XIID siècle se sont
muées en un art réaliste. Ces villes, ces
châteaux, ces prés, qui servent de décor aux
scènes représentées, ne sont point des con-
ceptions imaginaires. L'artiste peint ce qui
frappe ses yeux. Mais la merveille, c'est la
façon dont il sait toujours, quand même,
subordonner l'accessoire au principal, com-
biner ses lignes, ses tons en vue d'un effet
déterminé. Tout est minutieusement dessiné
et gouaché et cependant la scène se lit sans
difficulté. Secret perdu. Rappelez-vous, par
exemple, les cartons de tapisserie récem-
ment composés par M. Toudouze. L'artiste
s'est donné beaucoup de mal pour être ar-
chaïque et précis. Il n'a pu éviter la confu-
sion des tons et des lignes. Rien de ceia
dans les miniatures que nous venons de
signaler. Elles se lisent immédiatement.
Voici Jean Foucquet qui a été encore
plus excellent miniaturiste que grand
peintre. Mais, depuis que chacun a pu voir,
ùe uz'Azz, à Chantilly, les Heures qu'il exé-
cuta pour Estienne Chevatier, toute des-
cription nouvelle ou critique élogieuse de-
vient inutile. Lui, surtout, joue en maître
du pittoresque. Regardez le Saint Martin
que reproduit l'Hz'f DccozYtfz/*, l'endroit où
se passe la scène n'est autre que l'ancien
pont Saint-Michel. Au fond se voit le Petit-
Pont et le Petit-Châtelet. A Chantilly, c'est
le panorama de la Cité, le donjon de Vin-
cennes ; ici, dans les G/YZzzzfcA C/zz'Ozzz'^zzgA ùc
A/Yzzzcc, au début de l'histoire du bon roy
Dagobert, se voient Notre-Dame et le Pa-
lais. Mais si Foucquet est habile paysagiste,
combien il est plus encore adroit portrai-
tiste ! Voyez avec quel art, dans les XfztfzzR
ùe /'Oz*ùz*e ùc SGzzzf Afzc/te/, il sait grouper

ses personnages, leur donner une attitude
individuelle.
Après lui, un artiste de premier ordre
dessine le Jésus flagellé du Lz'tme TLfczzzœy
de Jean le Bon, duc d'Angoulême, les
XcézzgA ùe Lz Lég*gzztfe ùozœc ; Robert Gaguin
inspire la Czùé aL Dz'ezz destinée à Charles
de Gaucourt, un miniaturiste minutieux
décore exquisement le Livre d'Heures de
Jacques Cœur, un dessinateur de valeur
travaille au Missel Romain de Jean de Foix,
évêque de Comminges ; mais c'est là tout.
Les œuvres parfaites se compteront désormais.
Par exemple, on trouvera en plein XVD siècle,
au commencement de l'/zzzfz'ufoz'zœ zzzAfuztc-
fz'ozz ezz M zœ/z'g*zoiz c/zz*gAfz'gzzzz6 j?ozzz* /gy
gzz^hzzA, une miniature charmante représen-
tant Henri d'Albret cueillant une marguerite.
C'est que, sur la fin du XV^ siècle, est
apparu Jean Bourdichon, dessinateur savant,
minutieux, mais qui n'a aucune des qualités
des miniaturistes. Il dessine parfaitement la
figure, mais il oblitère l'expression ; il
groupe soigneusement ses personnages, mais
sans bonheur. En fait, l'auteur des Heures,
trop surfaites, d'Anne de Bretagne, ne fut
que le Bouguereau de son époque.
Les gens qui s'engouaient de son art fade
ne pouvaient plus comprendre les ingénieux
artistes qui, depuis trois cents ans, couvraient
de merveilles les feuilles de parchemin.
Au moment où des érudits, heureux
d'avoir mis en lumière un nom et une
œuvre, s'étendent complaisamment sur les
mérites de Bourdichon, nous tenons, dans
cette revue d'art décoratif, à être franc et
net. Aussi mettrons-nous en garde les ar-
tistes décorateurs curieux de faire revivre
dans le livre l'illustration peinte, contre le
faire d'un praticien de décadence qui fut
sans doute fort habile, mais ne comprit
rien à son métier. Aussi bien, au temps où
il vivait, l'imprimerie ayant supprimé les
scribes, l'art des miniaturistes n'avait guère
plus de raison d'être.
Il faut être de son temps. Et, au nôtre,
en l'an de grâce mil neuf cent quatre, une
illustration en noir, bien typographique,
vaudra toujours mieux qu'un pastiche en
couleur. Celui-ci s'arrangeant mal de notre
papier trop blanc, exempt de ces accidents
heureux qui se rencontraient sur les vieux
vélins.
CHARLES SAUNIER

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