L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,2.1904

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N OT ES S (J R J A ME S WHI ST LER

f E livre de M. Théodore Duret était, après
1 , le du même auteur, impatiem-
ment attendu de la part d'un homme qui
fut l'ami des deux grands artistes et leur
garde un fidèle et clairvoyant souvenir.
Livre net et vrai, et tel qu'un biographe le
devait écrire, insoucieux de se faire valoir,
n'oubliant rien de ce qu'il seyait de dire.
Un tel livre, sous son apparente modestie,
a force d'autorité: je me réjouis de le voir
remettre au point des exagérations et des
erreurs, dissiper certain snobisme qui veut
absolument compliquer le caractère original
des grands artistes. De l'agaçante présenta-
tion « sibylline H de Mallarmé, le meilleur
et le plus cordialement simple des hommes,
combien n'avons-nous pas souffert! On n'a
pas, touchant Whistler, apporté moins de
prétentieuses assertions. Par quel étrange
désir du rare s'acharne-t-on à dire au public
qu'un homme de génie subtil ne saurait
être, dans la vie, un être normal, et croit-on
servir sa mémoire et le faire mieux vénérer
en affectant des allures entendues et des
chuchotements précautionneux? J'ai connu
des gens ridicules au point de ne parler de
Mallarmé qu'en baissant la voix et en lan-
çant de furtives œillades ; avant que je ren-
contrasse Whistler, on m'avait fait prévoir
une sorte d'être diabolique, de magnétiseur
baroque et féroce, d'alchimiste et de dandy
dont le rire, ainsi que celui de la fée alle-
mande, était inexorable et mortel. Mon
appréhension de très jeune homme ne ré-
sista pas à la cordialité vive, à la fine poli-
tesse du maître visité, une après-midi de
i8gq, en son beau jardin de la rue du Bac,
qu'il aimait tant.
Voici donc un livre qui détruit la lé-
gende du snobisme et présente, au lieu d'un
démon génial, tout uniment ce que je lui
préfère mille fois : un homme de cœur et
d'esprit, un homme qui souffrit et pensa, un
bel artiste à l'intuition profonde et au goût
infaillible, dont la dure existence est une
* A propos de /Whfozre ùe J. Af. JV. JTWWer
et ùe ,$07z œzwe, par THÉODORE DuRET, i vol.
avec ig planches hors texte et de nombreux
dessins (Floury, igoq).

noble leçon pour nous tous, et ferait taire
ceux qui oseraient se plaindre. Lisez le livre
de son ami : vous y sentirez, sous la forme
la plus contenue et la plus sobre, l'indigna-
tion devant cet essai de transformer Whistler
en un personnage hoffmanesque, et d'altérer
la haute dignité de sa vie par l'outrance et
la bizarrerie imputées à vertus. Vous y
trouverez le soigneux respect des documents
et le mépris des commérages. 11 sied qu'en
France, où la gloire de Whistler fut consa-


La pehte yiFe èhmcAe
crées, sa mémoire ne soit pas suivie de tous
les potins qui, en Angleterre, à l'époque où
l'on niait son merveilleux talent, le présen-
tèrent comme un élégant un peu fou, écri-
vain caustique, mondain à l'ironie redoutée,
bluffeur habile à susciter les échos de ga-
2 De 1882 à i8gq l'admiration française a
complètement construit la réputation de Whistler,
l'a imposée au monde officiel, et a déterminé le
revirement complet de l'opinion anglaise, qui
l'avait forcé à s'expatrier, ruiné et découragé.

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