L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,2.1904

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LA MAISON DE DIRIKS

du fjord. L'autre coin, jusqu'au pan de
retour, où une iarge verrière donne la clarté
à flots, est occupé par un banc. Une tapis-
serie ancienne, à la main, d'une manière
norvégienne oubliée depuis un demi-siècle,
mais que l'industrie se reprend à lancer,
sert de dossière à ce banc.
Devant lui se dresse une grande table
volante, sur des tréteaux entrecroisés, sans
moulures ni blets. La paroi fait retour à
hauteur de cette table. Un poêle-calorifère
s'élève à cet endroit, tout contre une che-
minée de briques jaunes, dont le rebord
supporte les faïences les plus variées. Cette
cheminée, c'est le jpeA norvégien, autour
duquel la famille se réunit les soirs d'hiver,
écoutant la chanson et les pétards des
bûches résineuses. Y fait-on la cuisine?
l'odeur monte sous le manteau. L'eau des
grogs bruit doucement, l'horloge dans sa
gaine de bois bleu aux sculptures étranges,
à balustrade ajourée et pilastres, tictaque
mélancoliquement, invitant au repos dans les
deux lits superposés qui voisinent avec elle.
Tout le piafond de cette vaste pièce est

formé de planches rabotées et vernies, join-
toyées aux arêtes de plinthes bleu clair. Et
l'ensemble donne la note joyeuse des enlu-
minures ou des imageries d'Epinal, avec
une bonne odeur de forêt et de nature. Les
chaises, en style vieux norvégien, paysannes,
rouge saumon, ont des allures de stalles
abbatiales sous leurs sculptures naïves, avec
leurs bras plats terminés d'une pomme en ron-
din. Les fenêtres à deux battants se ferment
d'une espagnolette primitive. Une seule pièce
s'ajoute, attenante, la chambre de l'enfant
contenant une bercelonnette et le vitrail ar-
chaïque de Marlbrough s'en va-t-en guerre,
tous deux de la main d'Anna Diriks.
C'est avec leurs seules inspirations lo-
cales que nos artistes, libres de toute école,
pénétrés uniquement du pays et de la poésie
d'intimité des longues réunions familiales,
ont donné corps à cette décoration candide.
Ils y ont mis toute leur jeunesse, toute leur
gaîté, s'inquiétant peu du détail rare. Et
c'est charmant, car c'est le logis des clartés
et des sincérités.
LÉON RtOTOR.


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