L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 6,2.1904

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FR ANC)SCO
DURIO




r^ÉcoRATEUR, cet artiste l'est essen-
JLv tiellement et pleinement; à tel
point que, pour étudier à fond — ce
n'est pas ce que je me propose de
faire en ces indications brèves — son
effort à cette date accompli, nous
devrions nous placer tout de suite au
point de vue de l'art décoratif et ne
pas nous en départir.
Mais la décoration telle qu'il l'en-
tend a ceci de particulier qu'elle est l'ex-
pression d'une pensée.
Pas plus aux grâces spontanées de la na-
ture qu'à nos arrangements ce décorateur ne
se limite, et le drame individuel des visages
l'intéresse sans le satisfaire. 11 aime peu les
formes de ce temps ; je ne sais trop s'il eût
beaucoup aimé les formes d'aucun autre temps
précisément désigné. Les siècles d'art, qu'il a
étudiés sans méthode (que celle de la passion
-—n'est-ce pas la bonne?—, ont laissé dans
sa mémoire chacun quelques souvenirs de
choix, dont son goût a fait un ensemble
harmonieux, étrange et logique, le décor
familier, le musée intime de son esprit. Plus
volontiers toutefois dépasse-t-il l'histoire.
Ses yeux pleins de ciel et de passé, ses yeux
d'enfant très pur et très entêté, ne voient
dans les manifestations infiniment variées

de la vie mouvante que prétextes à l'ex-
pression d'une vie, en vérité, éternelle,
d'une vie immuable, immobile, l'Idéal une
fois pour toutes arrêté et fixé, jadis, aux
jours ingénus du
monde. Cet idéal
comporte une naï-
veté grave, quelque
rudesse, un peu de
barbarie, et c'est
pourquoi les réali-
sations de l'artiste
très conscient et
très affiné font par-
fois songer à celles
de cette originelle
humanité dont les
savants nous montrent de vivants exemplaires
chez les contemporaines peuplades primitives.
Par là Durio rejoint ce créa-
teur extraordinaire de qui nous
déplorions récemment la perte,
ce puissant décorateur, le Maître
de Tahiti, Paul Gauguin. Du
reste, et il est juste et nécessaire
de le dire, Gauguin fut l'initiateur
de Durio, qui lui garde — je le
sais et j'en témoigne — une ad-
miration religieuse, une gratitude
et une piété absolues. Selon ses
beaux instincts et à l'exemple de
son maître, Durio procède par
rapides synthèses et, contraignant
la nature à exprimer ce qu'il pense,
ce qu'il sent, la déforme hardi-
ment pour la réinformer.
Lu AGLtre exf muL'èrc, i'LT-
jprL cAf mufrzcc.

Lroc/zc et pen^unt

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Loacie ûe ceinture
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