L' art décoratif: revue de lárt ancien et de la vie artistique moderne — 8,2.1906

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bords iis abandonnent toute
ambitieuse agitation pour se
consacrer à l'étude scrupuleuse
de leur art. Mais ils ne le feront
point car il leur manque le
natif besoin de liberté et de
vérité que possédait Paul Gau-
guin et par quoi compte sa
production.
Gauguin fut toujours un
incompris. Il l'est encore de
ceux-mêmes qui proclament
le plus hautement sa louange.
On a voulu faire de lui un
chef d'école, un génie réno-
vateur de toute la peinture,
alors qu'il ne fut qu'une excep-
tion étrange et captivante et
qu'il existe surtout à ce titre.
Il manque de presque toutes
les qualités que l'on rencontre
d'ordinaire chez un artiste et
cependant il existe parce qu'il
en possède deux ou trois qui
sont bien à lui et qu'on ne
trouve chez personne. C'est
cet être tout à fait incomplet,
curieux et charmeur, que l'on
voudrait donner comme direc-
teur à la jeunesse picturale.
Erreur insigne s'il en fut ! On peut ap-
prendre quelque chose de Gauguin, mais
seulement lorsque l'on sait déjà tout ce
qu'il faut connaître et que lui est incapable
d'enseigner. Ses œuvres font songer à ces
fleurs qui poussent anormales au milieu de
leurs sœurs. Leur déformation nous arrête
et souvent nous captive. Leur monstruosité
est parfois somptueuse. On les admire d'au-
tant plus qu'elles ajoutent la rareté à la
bizarrerie. Cependant leurs graines avortent
et ne perpétuent point l'anomalie maladive
et séduisante.
Ainsi M. Derain ou M. Girieud, les
apôtres du nouvel évangile, sont loin de
l'exemple qu'ils se sont imposés. Où Gauguin
reste décoratif dans un mélange d'audace
heureuse et de maladresse, ils restent d'une
complète impersonnalité dans l'abominable.
A l'exception des œuvres de M. Hermann-
Paul auquel on a infligé ce voisinage — je
me demande au nom de quel illogisme —
les peintures de la salle III paraissent le
produit d'un même cerveau désorienté. Le

même barbouilleur a passé par là avec le
pot de rouge et le pot de bleu. Rien ne
différencie ces œuvres d'une douzaine de
peintres. Gela peut paraître paradoxal, il
n'en est pas moins vrai que ces soi-disant
hardiesses se ressemblent. Elles ont pour
base la même ignorance. C'est l'uniformité
dans la sauvagerie. Ces bariolages se con-
fondent d'autant plus qu'il serait impossible
d'y découvrir des colorations chères à tel
ou tel exposant, c'est partout le même ou-
tremer, le même vermillon, le même jaune
de chrome sans mélange, étalé sans peine
sur la toile au sortir du tube. De là l'ap-
parence d'amusements d'enfants que pren-
nent ces prétentieux essais. Leurs auteurs
perdront d'ailleurs vite le monopole de la
brutalité inexistante mais sans vergogne,
étant donné le nombre incalculable des gens
qui vont pouvoir en faire autant.
Il serait fâcheux qu'un réel artiste comme
M. Marquet subisse la contagion. On per-
çoit chez lui une netteté de vision et un
bon sens nature! que n'ont pas encore tout
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